LE KLOAREK DE GOATRÉVEN
Le petit kloarek de Goatréven a fait — ce que ne ferait aucun fils
[bisj;
Il a fait un paquet de ses livres — à la porte de la cour de son père, contre le seuil *.
Pouraller faire la cour, — en Goatgouré, à l'héritière.
(( Lorsque je m'en vais étudier à l'école, — je salue ma douce sur lepai de sa porte;
Je salue ma douce, de loin : - « Salut à vous, ma petite douce Isabelle.
1. Le mot baro, dont le sens est multiple et "très vague, a besoin le plus souvent d'être accompagné d'un détermiaatif ; aucun chanteur ne m'a traduit ou expliqué d'une façon satisfaisante ce pluriel de bar.
GWERZ ET SONN 85
— Ha d'ac'h, em'ehi, ma dousik kloarek ; Nemet ma goadisan n'a red.
— Me, 'm'ehan, n'ho koadisan ket Nag en zell da ober na n'on ket ;j
N'am e biken ann ardianz D'ho koulenn douz hoc'h oblans.
— Mar deud d'am goulenn, deud fêle, Diesed gan-ac'h markiz Koadane :
Hennez zo eunn den a galite, G'houfeo parland ouz ma ligne. —
KIoaregik Koatreven a 1ère En Koadane pa 'n arie :
— Salud, 'm'ehan, markiz Koadane.
G'houi 'deufe gan in da Koatgoure Da c'houl eur bennherez ac'hane ' ?
— Et à vous, dit-elle, mon petit doux kloarek; — vous ne faites que vous moquer de moi:
— Moi, dit-il je ne moque pas de vous, — ni dans l'intention de le faire je ne suis pas ;
« Je n'aurais jamais la hardiesse — de vous demander (en mariage) à votre noblesse.
— Si vous venez me demander, venez aujourd'hui ; amenez avec vous le marquis de Goathanhai :
« Gelui-là est un homme de qualité — qui saura causer à ma lignée. »
Le petit kloarek da Goatréven disait — dans Goatanhai, en arrivant ;
« Salut , dit-il, marquis de Goatanhai, Viendrez-vous avec moi à Goatgouré — pour demander une héritière de là?
1. Le second vers de chaque couplet étant bissé, cela fait que la phrase musicale est composée de trois membres ; il est donc indifférent, au point de vue de la mélodie, que le couplet, au lieu de rester le distique habituel, devienne quelquefois un ternaire ; le troisième vers fait supprimer le bis.
— Biken jamez na gredfenn me Az pe te pennherez Koatgoure,
Perc'hen pemzek mil skoed leuve, Ha te n'at euz gwennek deuz ann-he ;
0 nan, biken n'gredfenn me
Mond da c'houl d'id pennherez Koatgoure.
— Goud-ouz-oc'h e-vad, otro Koadane, Me 'zo 'n ho servich noz ha de,
Ha bean ac'h on ho sekreter,
Ha bean on ouspen ho preur-mager.
Me oa kontand da vean belek, Med ar plac'h n'a bermet ket;
Hag an euz laret mond d'he goul fête Ha kas gan-in ann otro Koadane :
Hennez zo eunn den a galite Goufeo parland douz ma ligne.
— Jamais, non, jamais je ne croirai — que tu obtiennes, toi, l'héritière de Goatgouré,
Qui possède quinze mille écus de rente ; — et toi tu n'as pas un sou de cela.
Oh! non, jamais je n'oserais — aller demander pour toi l'héritière de Goatgouré.
— Vous savez bien, monsieur de Goatanhai, que je suis à votre service nuit et jour ;
Et je suis votre secrétaire, — et je suis en outre votre frère de lait.
J'étais content d'être prêtre ; — mais la jeune fille ne (le) permet pas ;
Elle a dit d'aller la demander aujourd'hui — et d'envoyer avec moi monsieur de Goatanhai :
« Gelui-là est un h3mme de qualité — qui saura parler à ma lignée. »
GWERZ ET SONN 87
— Ho ! mar d'e ar plac'h a lavar ze, Me am o d'id penneherez Koatgoure ;
Gant bek ma lans pe ma c'hleve Me am o 'n-ehi 'n nespet d'he ligne,
Gant bek ma c'heleve pe ma lans
Me am o 'n-hei 'n nespet d'hec'h oblans. —
'Nn otro Koadane a lavare 'Barz en Koatgoure pa 'n arie :
— Bonjour d'ac'h, otro Koatgoure.
— Ha d'ac'h ie, markiz Koadane.
Diskenned ha deud en li
Ha leked ho kezeg e marchosi ;
Leked ho kezeg e marchosi Ha deud d'ar sal da dijunin.
— Na diskennin na n'in en ti Na lakin ma marc'h er marchoi,
— Ho! si c'est la jeune fille qui a dit cela, — j'aurai pour toi l'héritière de Coatgouré ;
Avecla pointe de ma lance ou (avec) mon épée - je l'aurai, malgré sa lignée;
Avec la pointe de mon épée ou (avec) ma lance — je l'aurai, malgré sa noblesse. »
Monsieur de Coatanhai disait — dans Coatgouré, lorsqu'il arriva :
« Bonjour à vous, Monsieur de Coatgouré. » — « Et à vous aussi, Marquis de Coatanhai.
Descendez, et venez dans la maison, — et mettez vos chevaux à l'écurie ;
Mettez vos chevaux à l'écurie, — et venez dans la salle pour déjeuner.
— Je ne descendrai, ni je n'irai dans la maison, — ni je ne mettrai mon cheval à l'écurie.
Ken am o klevet ma c'henvidi :
AouQ *m euz a savfe fachiri.
— Na savo ket a fachiri,
'Wit ma'man ho koulenn 'barzma zi.
— Ho pennherezig a c'houlennan D'ann otro Koatreven 'zo aman.
— Otro Koadane, goud-ouz-oc'h a-vad, 'Wid ann dra-ze na ve ket siab,
'N eve perc'hen pemzek mil skoed leuve, Hag hen n'euz gwennek deuz an-he.
Ma vije 'wid-oc'h poa he goulet.
Otro Koadane, na vijec'h refuzet.
— Otro Koatgoure, goud-ouz-oc'h 'vad On-me eunn den veritab :
Na draïsin ket me sekreter ;
Hag ouspen e d'in c'hoaz breur-mager. —
Que je n'aie entendu le résultat de mon message : — j'ai peur qu'il se lève fâcherie (entre nous).
— Il ne se lèvera point fâcherie, — si du moins est (l'objet de) votre demande dans ma maison.
— C'est votre jeune héritière que je demande — pour Monsieur de Coatréven, qui est ici.
-- Monsieur de Goatanhai, vous (le) savez bien, — pour cette choselà, ce ne serait pas convenable
Qu'il obtint la maîtresse de quinze mille écus de rente, — et il n'a pas un sou décela.
Si c'était pour vous que vous l'eussiez demandée, — Monsieur de Goatanhai, vous n'auriez pas été refusé.
— Monsieur de Goatgouré, vous savez bien que je suis un homme de bonne foi :
Je ne trahirai pas mon secrétaire; — et de plus il est encore mon frère de lait. .>
GWERZ ET SONN 89
'Nn otro Koadane pa 'n euz klevet, Diwar geign he varc'h e diskennet,
Hag antreet 'barz ar gigin
Hag hen ken glaz hag eur glizinn.
— Matezik vihan, d'in lered, Ho pennherezik pelec'h eo et?
— Eman du-ze 'barz 'n he c'hampr 0 kozeal gant seiz baron iaouank,
0 kozeal gant seiz baron iaouank,
Hag ar choaz an-he 'n evo, pa 'n o c'hoant.
— Pachik, pachik, ma fach bihan, Kes d'he saludin d'he c'hampr
Ha tach d'c'houd ober komplimant, —
Ar pach bihan a lavare Ebarz ar gampr, pa 'n arie :
— Bonjour d'ac'h, 'm'ehan, pennherez, Ha d'ac'h ha d'ho kompagnonez.
Monsieur de Coatanhai, lorsqu'il eut entendu (cela), — du haut de son cheval est descendu,
Et (il est) entré dans la cuisine, — et lui (de colère) bleu comme un bluet :
« Petite servante, dites-moi, — votre petite héritière ouest elle?
— Elle est là-bas dans sa chambre — à causer avec sept jeunes barons,
A causer avec sept jeunes barons, — et le choix elle en aura, quand elle voudra. »
« Petit page, petit page, mon page petit, — va la saluer dans sa chambre, — et tâche de savoir faire un compliment.»
Le petit page disait — dans la chambre, quand il arriva :
« Bonjour à vous, dit-il, héritière, — et à vous et à votre compagnie. .
Laret a zo d'ac'h dond en traou
Da laret ouz ma mestr eur gir pe daou.
Kar eman du-hont 'barz ar gigin Hag hen ken glaz hag eur glizinn ;
'Man en eur goleur ar vrasan :
Lac'han ho tad a fell d'ehan. —
Ar bennherez pa 'n euz klevet.
'Traou gand ar vins e diskennet.
— Salud d'ac'h, otro Koadane :
Pelec'h e manet ma c'harante?
— Et e, 'me-han, da Sant-Briek Da gerc'het eur gazill silaouret; Disul laro he ofern-bred,
Disul laro he ofern gentan :
On deut d'ho pedin d'he achistan. —
Ar bennherez a lavare
D'he fotr-marchosi hag a-neuze :
On vous a dit de venir en bas — pour dire à mon maître un mot ou deux;
Car il est là-bas dans la cuisine, — et lui (de colère) aussi bleu qu'un bluet;
Il est dans une colère la plus grande : — de tuer votre père il a envie. »
L'héritière, lorsqu'elle eut entendu (cela), — en bas par l'escalier est descendue;
« Salut à vous, Monsieur de Coatanhai, —ouest resté mon amour?
— Il est allé, dit-il, à Saint-Brieuc — pour chercher une chasuble dorée : — dimanche il dira sa grand'messe,
Dimanche il dira sa première messe : — je suis venu vous prier d'y assister. »
L'héritière disait — à son garçon d'écurie pour lors :
GWERZ ET SONN ôï
— Prepared d'in eiz a gezek
Da lakad ouz ma c'hareoz chilaouret ;
Ha c'hast buhon ober ze, Me'renk mond da Sant-Briek fête
Na d'hen distrei gant gras Done :
Rak biken jamez belek na ve. —
Koatgoure goz pa 'n euz klewet, D'he bennherezik 'n euz laret :
— Me am euz aman chadenno, Ma fennherezig, hag ho talc'ho.
Mired ho chadenno 'n ho kampr, Ha deud da rei d'in treo ma mamm :
Mil boellad gwiniz ha seiz
'M euz deuz beurz ma mamm 'goste Breiz,
Ha pempmil skoed leuve 'barz en Bro-Gall : Ho ! me na n'on ket eur fortun fall ;
« Préparez-moi huit de chevaux — pour mettre à mon carrosse doré;
Et dépêche-toi de faire cela : — il me faut aller à Saint-Brieuc aujourd'hui,
Et le détourner (de la prêtrise) avec la grâce de Dieu : — car jamais, jamais prêtre il ne sera. »
Le vieux Coatgouré lorsqu'il eut entendu (cela), — à sa jeune héritière a dit :
« J'ai ici des chaînes, — mi petite héritière, qui vous retiendront.
— Gardez vos chaînes en votre chambre, — et venez me donner les biens de ma mère :
Mille boisseaux de froment et sept — j'ai de la part de ma mère, du côté de la Bretagne,
Et ciiiq mille écus de rentes en pays gallo {ou de France) — ho ! je ïlê guis pas une fortune piètre ;
Kement ail en bro Léon :
Me zo dimezel hag itron.
Me oar a-vad n'euz ket hen a danve :
Met mado awalc'h'zo deuz ma re. —
Chanté par Françoise Feutel, marchande foraine, de Saint-Clet (Côtesdu-Nord).
Autant dans le pays de Léon : — je suis demoiselle et dame*.
Je sais bien que lui n'a pas de fortune; — mais des biens assez il y a des miens.
Inutile de redire combien les chansons de kloarek sont encore répandues, surtout dans le pays de Tréguier. Le kloaregik était devenu le type du soupirant, évincé par le père, mais agréé de la fille. Voir le sonn de « ar Bonomik », après le gwerz de « Koatreven » : on saisira mieux les différences, nettement tranchées, entre les deux genres de poésie.
1. Itron a la double signification du latin domina et du français dame ; ici : a dame de ces bienf . . .
6WERZ ET SONN 93
AR G'HLOAREG lAOUANK
Me a zo eur c'hioaregig iaouank,
Hag ' eman ma zi war vord ar stank (bis).
Ha biskoaz n'em euz laket ma foan Da garet plac'h iaouank 'med unan;
Ha biskoaz hini nemed hi n'em e, Ha nemet ma zud e me c'harsfe :
Ha ma ouifenn ze, me ho c'huitafe.
Pa oann eru en noad da zimei, Oann kaset da Bariz da studi Evit ma chars da zimezi.
Ha pa oann en Pariz o studi, Ma mestrezig o skrivan d'in,
1. La conjoQctioa ha ou hag (et), dans le couraat d'uae phrase, après un antécédent, comme kloaregik, équivaut au relatif peAmi {qui, que on dont). La traduction serait, en bon français : « Un jeune kloarek, dont la maison... »