‹ Chansons et danses des Bretons. --Chapitre 12 sur 90 · Une version dit : E mor du — dans la mer noire · texte numérisé non relu

Une version dit : E mor du — dans la mer noire

MARIVONNIC •

Le premier jour de novembre, —descendirent les Saxons (Anglais) à Dour-Du {bis).

A Dour-Du lorsqu'ils furent descendus, — ils ont volé une jeune fille;

Ils ont volé une jeune tille — pour l'emmener avec eux sur leur bâtiment.

La Marivonnic pleurait, — à la porte de la cour de son père, quand elle passait :

« Adieu ! ma mère; adieu! mon père. — Jamais je ne vous vois (reverrai) en ce monde-ci. »

La Marivonnic pleurait — sur le bord du vaisseau lorsqu'elle se promenait ;

1. Contractfou de Marie-Yvonic, et inicui Murie-Yvonaïc : la petite Marie- Yvonne,

fOO CHANSONS ET DANSES DliS BRETONS

Ar c'habilenn p'an euz gwelet, D'ar Varivonig an euz laret

— Marivonik, na oeled ket ; Ewid ho pue na gollfed ket,

Ewid ho pue na gollfed ket, Hoc'h enor, d'ac'h na laran ket. —

Ar Varivonig a c'hou'enne Deuzar c'habitenn hag a neuze :

— Olro ar c'habitenn d'in ha lared, Da bed ac'hanoc'h a vin barnet?

— D'in-me unan, d'am fotr-a-gampr, D'am martoloded pa défont o'hoant,

D'am martoloded pa défont c'hoanl ; Bea zo ann-he eur seiz ha kant. —

Ar Varivonig a levere

War bord al lestr ha neuze :

Le capitaine, quand il vit cela, — à Marivonnic a dit :

« Marivonnic, ne pleurez pas ; — quanl à votre vie, vous ne (la) perdrez pas,

Quant à votre vie, vous ne (la) perdrez pas; — votre honneur, je ne vous dis pas non. »

Marivonnic demandait — au capitaine alors :

c( Monsieur le capitaine, dites-moi : — à combien d'entre vous serai-je jugée (condamnée, livrée)?

— A moi-même, à mon valet de chambre, - à mes matelots lorsqu'ils (en) auront envie,

A mes matelots lorsqu'ils (en) auront envie; — il y a d'eux (ils sont) quelque cent et sept. »

La Marivonnic disait — sur le bord du vaisseau alors :

GWERZ F,T SONN 101

— Otro Doue ! Gwerc'hez Vari !

Pe me n'em veuin, pe me na rin?

Me zo gwell d'in merwel mil gwech Wit ma ve ofansin Doue eur wech. —

Oa ket lie gir peurachuet,

War he fenn er mor e 'n em dolet;

War he fenn er mor e 'n em dolet :

Eur peskig gwenn hi deuz lonket,

Eur peskig gwenn hi deuz lonket, Er bord ar mor e deuz hi kaset...

Ar Varivonig a oele,

War dor he zad pa ne skoe :

— Mazadik paour, digored d'in hetor, Ho merc'h Marivonik zo o c'houl digor,

Ho merc'h Marivonik zo o c'houl digor, Digor, ha miret gant-hi hec'h enor. —

Chanté par Jeanne Le Bourdon, de Minic'lii (Côtes-rlii-Norr]), et par Marie Quellien, de Tréguier.

« Seigneur Dieu! Vierge-Marie! — ou je me noie (noierai), ou je ne le ferai pas?

J'aime mieux mourir mille fois — que doflenser Dieu une fois. »

Sa parole n'était pas entièrement achevée (prononcée), — qu'elle s'est jetée sur la tète dans la mer,

Elle s'est jetée sur la tète dans la mer : — un petit poisson l'a avalée

Uu petit poisson blanc l'a avalée; — sur le bord de la mer il l'a envoyée.

La Marivonnic pleurait, à la porte de son père quand elle frappait:

« Mon pauvre cher père, ouvrez-moi votre porte ; — (c'est) votre fille Marivonnic (qui) est à demander l'entrée,

(C'est) votre fille Marivonnic (qui) est à demander l'entrée, — l'entrée, et (après avoir) gardé son honneur . »

102 crrANSONS et danses des bretons

Ce giverz est très répandu sur la côte de la Manche. On le croirait, à première audition, en pur trécorrois. Cependant, il offre certaines différences dialectales — e deuz laret^ an eiiz laret,alevere..., — qui prouvent chez un chanteur populaire des transformations imposées à un sujet venu du dehors. Il existe plus d'un Doitr-Du en Bretagne; celui dont il est question, c'est probablement le Dourduff, près de Morlaix.

L'air de Marivonik, par un contraste avec les paroles, no manque pas d'une gaîté particulière, mais c'est une g-aîté de fou, voisine de la colère, qui éclate par soubresauts et par saccades.

La même dissonance — pour ainsi dire — est fréquemment à remarquer entre la musique et la poétique populaires des Bretons. Au contraire de Marivonik, c'est la mélodie, laplupar^ du temps, qui affecte le deuil, tandis que la tristesse est loin de la pensée du chanteur : par exemple, Vandantino doux qui soutient la chanson Biniou ar Person; ce biniou n'est autre chose qu'une satire, du reste, fort innocente.

Il est vrai de reconnaître que l'allure d'une mélodie dépend du chanteur. J'ai entendu des lettrés qui donnent k Marivonik un air tout à fait martial, comme un air de provocation ou de revanche.

La séduction et le pouvoir de pareils chants sont extrêmes sur la foule. Quand les naafrageurs de Gornouaille et de Léon méditaient un mauvais coup, le barde-mendiant traversait la contrée, la veille, répétant un de ces gwerz, qui avertissait les audacieux de se tenir prêts, les timides de garder leurs portes et leurs yeux fermés. La Basse-Bretagne est restée la seule région de France où il suffise d'un chant pour ébranler les masses populaires.

fiWERZ KT SONN 103

AR ROUZIK KEMENER

Ar Rouzik kemener a Langoat

Braoan mab iaonank a wisk dillad ; (bis)

C'hoaz a vije braoc'h eunn anter Ma nije eunn dimezel a ger:

Bet an euz merc'h mamzel Ru-Newe, Perc'hen e da bemp mil skoed leuve;

Na perc'hen e da bemp mil skoed,

Hag ar Rouzik'n euz ket pemp gwennek.

Ar Rouzik kemener a 1ère Barz ar C'hoelik pa'n antree;

— Na bonjour ha joa en ti-man, Ann otro C'hoelik pelec'h eman?

— Eman'barz ar sal o leina; Rouzik, ed ha komzet out-han.

LE ROUZIG TAILLEUR

Le Rouzic tailleur, de Langoat, — (est) le plus beau jeune homme qui revête habits (d'homme) (bis) ;

Encore serait-il plus beau de moitié, — s'il avait une demoiselle de la ville.

Il a obtenu fille, mademoiselle Ru-Néwé (Rue-Neuve), — qui possède cinq mille écus de rentes;

Elle possède cinq mille écus de rentes, — et Le Rouzic n'a pas cinq sous.

Le Rouzic, tailleur, disait, — en entrant à Goélic :

« Et bonjour et joie dans cette maison-ci. — Monsieur Le Goélic où est-il?

— Il est dans la salle à déjeuner; — Rouzic, allez et parlez-lui.

— Me, zo deut da glask eunn abid, Eunn abid hag eunn ankane

Wit mond d'obereur baie,

Ewitma c'hin d'ober al lez;

Ha na n'onn ket piou vo ma Iakez,

Med ho pach bihan deufe gan-in :

Hennez zo den brao kenkoulz ha me. — •

Ar Rouzik kemener a lare War bave Montroulez pa gerze :

— Na bonjour ha joa er german.

Ann otro Ru-Newe pelec'h eman? -

Ann otro Ru Newe 'vel ma klewaz, He benn 'barz ar prenestvoutaz :

— Diskenned, Monsieur, antreed en ti, Laked ho c'hoursin er marchosi

Wit ma ai ma mewel d'hen aveurin...

— Je suis venu chercher un habit, — un habit et unehaquenée — pour aller faire une promenade.

Pour que j'aille faire la cour; — et je ne sais pas qui sera mon laquais,

A moins que votre petit page ne vienne avec moi : — celui-là est bel homme autant que moi. »

Le Rouzic tailleur disait , — sur le pavé de Morlaix lorsqu'il marchait :

« Et bonjour et joie dans cette ville-ci. — Monsieur Ru-Néwé où est-il? )>

M. Ru-Néwé, dès qu'il entendit, — a mis sa tête à la fenêtre :

« Descendez, Monsieur, entrez dans la maison, — mettez votre cheval dans l'écurie — pour que mon domestique aille l'abreuver, »

GWERZ ET SOIÎJN 10?)

— Nalered-hu d'in-me, kamarad, Hag^ en e ho mestra ligne vad?

— Ho ! ia ; ma mestr zo a ligue vad : Bean 'n euz terc'hadeur 'n iliz Langoat Ha ru int evel ar goad ;

Ha kementall en iliz Trougeri, 'Barz iliz Peurit meur ahini;

Ha peder lestr perlez war ar mor, 'Barz e ker ar Roc'h peder stal dior;

Ha da c'hortoz he dad da verwel Hen zo rosignol Kerdaniel ;

Ha goude ar marw demeuz he dad Hen a vo otro en Penn-ar-C'hoat.

— Ma ouifenn ve gwir 'pez a lerez d'in. Me a rofed'ehan eunn dimin. —

« Et dites-moi, camarade, — est-ce que votre maître est de bonne lignée?

— Oh! oui, mon maître est de bonne lignée : — il a trois chaises dans l'église de Lahgoat, — et elles sont rouges comme le sang;

Et autant dans l'église de Trognéry; — dans l'église de Pommerit, plusieurs ;

Et quatre navires (chargés) de perles sur la mer; — dans la ville de La Roche quatre boutiques ouvertes;

Et en attendant que son père meure, — il est le rossignol de Kerdaniel,

Et après la mort de son père, — c'est lui qui sera maître à Pennar-C'hoat.

— Si je savais que fût vrai ce que tu me dis, — je lui donnerais un mariage. »

106 CHANSONS ET DAiNSES DES BRETONS

Na seiz miz anter ec'h eo padet Ar cholamite deuz ann eured,

Sonerien ar bal hagann dans, Ha vizit bemde gand ann oblans.

Nag ar Rouzik koz a lavare D'he bried Janed eunn de a oe :

— C'hastomp dresa bon c'hozbalino; Me a glew ari ann drompillo

Wit dies ar verc'h-her d'ar vro. —

Ha groeg ar Rouzig a lavare En iliz Langoat pa antree :

— Na lered-hu d'in-me, Monsieur, Pehini ac'han e ho kadeur.

— Antreed; ann bini a gerfed, Itron, na vefed ket diblaset. —

Oc'b aruout 'n itron 'r G'boelik, 0 krigi 'n he dorn doustadik :

Et sept mois et demi a duré — la solennité des noces ;

Sonneurs du bal et de la danse, — et visites tous les jours avec la noblesse.

Et le vieux Rouzic dit — à sa femme Jeannette, un jour fut :

« Hâtons-nous d'arranger les couettes; — j'entends arriver les trompettes — pour conduire la belle-fille au pays. »

Et la femme de Rouzic disait — dans l'église de Langoat lorsqu'elle entrait :

« Et dites-moi, Monsieur, — laquelle ici est votre chaise.

— Entrez; celle que vous voudrez, — Madame; vous ne serez pas dérangée. »

D'arriver M^e Le Goélic — qui la prit par la main tout doucement :

— Na sonjan ketve groeg eurc'hemener A. varchfe 'rok d'in 'barz ma c'hadeur.

— Ho ! ha pa ven groeg d'eur c'hemener, Me a zo merc'h d'eur senesal er ger,

A varcho gan-ac'h hag 'n ho kever.

Otro Done, 'me-hi, n'ouienn ket Oa eur c'hemener em oa bet,

Ken a oa d'in d'ober he wele, Keviz he vesken hag he nadwe. —

Na kerse oa gand ann itron gez Diweet d'ar ger a Vontroulez :

— Na pa oann er ger e ti ma zad Me a oa bewet dilikat,

Me a oa bewet dilikat Gant kig glujar ha kig gad ;

c( Je ne pense pas que la femme d'un tailleur — passerait dievant moi dans ma chaise.

— Ho! et quand même je serais la femme d'un tailleur, — je suis la fille d'un sénéchal, à la maison; — je marcherai avecvous et votre vis-à-vis.

Seigneur Dieu, disait-elle, je ne savais pas — que c'était un tailleur que j'avais eu.

Avant que ce fût à moi de faire son lit, — (et) j'y trouvai son dé et son aiguille. »

Et il y avait manque à la pauvre dame — depuis la ville de Morlaix :

« Et quand j'étais chez nous, dans la maison de mon père, — j'étais nourrie délicatement,

.T'étais nourrie délicatement — avec de la viande de perdrix et de la viande de lièvre;

'Boe on ari'ti ar Rouzik

'M euz ket bet souben ar c'hig,

Nemert soubenn ar c'hernio brinik. —

Ha groeg ar Rouzig a lavare 'Barz en ker ar Rnc'h pa arie :

— Itron Vari ar Folgoat !

Me na gavfenn ket eur vag bennak

Em c'hasfe erger da di ma zad? —

Chanté par Jeanne Le Bornic, de la Roche-Derrien.

Depuis que je suis arrivée dans la maison de Le Rouzic, — je n'ai pas eu de soupe à la viande, — [rien) que de la soupe aux cornes de berniques. »

Et la femme de Le Rouzic disait — dans la ville de La Roche lorsqu'elle arrivait :

« Notre-Dame Marie du Folgoat! — est-ce que je ne trouverais pas une barque quelconque — qui m'envoie chez nous dans la maison de mon père? »

Il y a des tailleurs partout, c'esl-à-dire des chants oii le héros est kemener. On a vu plus haut (p. M) que dans les Montagnes-Noires, entre Chàteaulin et Chàteauneuf-du-Faon, la tradition en a fait un soim, au lieu d'un gwerz; et l'on a constaté comment le personnage a changé de manières et de ton, en passant de Cornouaille en Tréguier, ou réciproquement.

Comme la plupart des gwerz, celui de Le Rouzic est d'une allure modérée; ce moderato est en contraste avec l'ironie du sujet. Encore des mesures brisées, comme dans Ker-h,

GWKUZ ET SONN 109

J'ai retrouvé dans une autre chanson, La Fontciwllc, dont je n'ai pas les paroles au complet, des cadences mélodiques qui rappellent lair do Ar Rouzik Kcmener. Les deux airs sont du pays de Tréguier; ils n'ont pas d'autre parenté; ils sont même adaptés à deux récits bien diflerents. Dans ces deux gwerz également, j'ai remarqué bien des expressions communes et des vers entiers qui ont élé retenus identiquement, comme des formules. Ces analogies à la fois poétiques et musicales ne prouvent pas que deux gwerz ainsi signalés soient d'un même auteur; mais elles servent à signaler pour deux chansons un même pays d'origine.

no CHANSONS ET DANSES DES BRETONS

KANOEN ' Ail VARTOLOTED

0 Gwerc'hez gloiiuz Vari, roed d'in-me ajistans

Da ganan eur werz newe, — c'hon 'vonet d'hi c'homans —

Zo groet da bewar martolod a Gemper-Gwezenek Zo et gand eur vag newe ewid ar c'henlan gwech,

Zo et gand eur vag newe ewid ar c'hentan gwech : N' an euz hini an-he a gemend a ve rez.

Ewit honzoli ho mammo ho deuz laret d'ez-hi :

— Pa c'homp laket war ann dour retornfomp adare. —

Pa defaint groet ho bagad ha prest da dond d'ar ger, A savaz glao hag awel, siouaz! eur goall amzer;

1. Est-ce parce que ce récit n'atteint pas les proportions du y werz, que le chanteur l'appelait kanoen '? — Kanoen, pour sonn, en trécorrois. — Kanaouen est un terme générique, et il ne répugne pas au sens de gwerz.

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