‹ Chansons et danses des Bretons. --Chapitre 35 sur 90 · NOËL · texte numérisé non relu

NOËL

Le petit Enfant-Jésus est né, — au milieu des pauvres il est descendu ; — quiconque est pauvre, est son frère : — donnez-nous s'il vous plait, l'aumône.

Bonne nuit et joie dans ceîte maison ! — Je suis venu chercher mes étrennes ; — c'est peut-être pour la dernière fois : — dans un an, beaucoup seront allés à Dieu.

Grâce (je souhaite) que vous ayez de Dieu — trois garçons pour enfants : — l'ainé, semblable à son père ; le deuxième, roi ; l'autre, pape.

Je ne demanderai pas grand'chose : — un petit morceau de viande, un morceau de p?in, — du pain de froment ou du pain d'orge : — si c'est votre bonté d'en donner.

«IWERZ ET SONX 193

Ma roched a zo fall ha hrei^n-.

Me lakfe koz hini war ma chei<^n ; M'ac'h euz koz vrago pe borpant, Me'm b(» eur c'her a wiskamant.

Kalz arc'hanl na gomerfenn ket ; Nemed ho madelez rafed :

Nao pe dek gwennek, po ouspen, Zo tra 'walc'h d'in da vond en hent.

Ma red d'ar paour hegwignaouan, Doue a deuio d'ho pean.

N'ani dalc'hed ket pell gant ma zro Red e d'in mond d'am oviso.

Ma chemise est mauvaise et pourrie, — je mettrais bien une vieille chemise sur mon dos ; — si vous avez de vieilles culottes et un paletot, j'aurais ainsi un bel habillement.

Je ne prendrais pas beaucoup d'argent ; — vous ne donnerez que selon votre bonté : — neuf ou dix sous, ou davantage, — ce m'est assez pour me mettre en route.

Si vous donnez au pauvre ses étrennes, — Dieu viendra un jour vous le rendr.e. — Mais ne me retenez pas lonj^temps dans ma tournée : — il faut que j'aille à mes offices.

Les Bretons ont appelé la veillée de Noël la '< nuit sainte — ann noz santel ». Malheur à qui se livre aux travaux serviles, passé la mi-nuit de Noël, jusqu'au lendemain! Tant d'heures k la besogne, autant d'années à passer en purgatoire.

Dès le soir, les pauvres vont de ferme eu ferme demander à chaque porte leurs étrennes [koiiignaoïian — part de gâteau ou de galette). Des chanteurs entonnent un des mille noëls que chacun sait et qu'on entendra par le pays pendant quarante jours, de la Nativité à la Purification. Quelquefois un dialogue s'établit entre le barz baleer-bro (barde coureur-dc-

pays) et les g-ens de la maison de ferme : M. de la Villemarqué donne, dans le Barzaz-Breiz, un curieux exemple de ces luttes poétiques. Un des mendiants lient la besace où Ton recueille les aumônes; du reste^ le chanteur a, d'ordinaire, soin de le dire.

Trois soirées sont spécialement réservées aux bardes populaires : la nuit de Noël, la veille du Jour de l'Au, et celle de la Fêle des Rois. Ces soirs-là, les conteurs de veillée cèdent la place aux chanteurs du dehors.

Le noël que j'ai transcrit plus haut, se chante indifféremment aux trois veillées consacrées à TEnfant-Jésus. Toutefois, SiU premier de fan, on y ajoute un couplet^ dès le début, où l'on exprime les « souhaits de bonne année », dans ce genre :

Blavez œad a zouelan d'ac'h Blave? mad digaud Doue...

C'est même sur ces paroles qu'une mélodie du nouvel an m'a été communiquée par M. Gilbert; le même air est adapté au 7ioël ; j'en connais un autre, trop banal pour être noté avant ou après celui-là. La Nuit des Rois, on donne la préférence à un giverz sur la venue à Bethléem des trois Mages, Gaspard, Mclchior et Balthazar : c'est une sorte de prose à l'ancienne manière ; un motet d'église en a été détaché, un dialogue entre les trois Rois, que l'on chante aux offices de l'Epiphanie ; — les Mages sont accourus avec des présents divers : « Auro, myrrha, Ihure... Auro rex colitur... » Triple hommage, qui s'adresse ainsi : l'or au Roi, la myrrhe à rilomme, l'encens au Dieu.

Les trois veillées que nous disons là, sont donc aux chanteurs. Et le jour, c'est le tour des enfants, qui crient, de porte en porte : « Kouignaouan! — Klask baral » Un dialogue probablement, dont le sens serait : « Donnez-moi du gâteau. — Va plutôt chercher du pain. »

Au fond, un temps heureux pour les pauvres gens et les humbles, c'est la quarantaine qui s'écoule de la Noël à la Chandeleur.

r.WERZ ET SONN 195

GOUSPERO AR RANED

1 — Kan ker, Killore

— Jolik, petra fell d'id-de?

— Kanoen digan-id-de.

— Petra kanin-me d'id-de?

— Keran eur rann a gement ouzoud-te.

— Eur biz da varc'ha da Vari '.

Perc'hen tri mab' Heri.

Keran eur rann a gement ouzonn-me.

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