PETITE CHANSON
Je n'ai jamais dit un mensonge , — mais tout-à-l'heure j'en dirai deux. — J'avais été l'autre jour à Goudelin, -- et je vis la couleuvre tirer le lin ;
Et la souris et le rat — porter du lin sur une civière, — et encore disait la souris au rat — d'en remettre dessus, et qu'elle le porterait encore.
Alors je vis la bécasse, — avec elle une pipe à tabac dans son bec, — et un couteau avec elle dans sa main, — hachant du tabac à mettre dans sa pipe.
Alors je vis le renard, — avec lui à sa tête (dans sa gueule) une bride en fer, — passant à travers une bande de poules, — sans courir après aucune.
GWERZ ET SONN 205
Ha neuze weliz ar blei
Gwiskel en voulous hag en sei
0 lampad dreist da gleut al lannek,
'N he c'henou eur marc'h hag eiir gazek.
Neuze weliz al logodendall 'Tougen ar bed-man hag ar bed ail, Ha c'hoaz a 1ère al logoden gez N' da ket treo-'wac'h deuz he bee'h.
Neuze weliz al laouenan, A lar ann dud n'e ket bihan, 0 skrapat gand he ivino C hesa toi Treger en Goelo .
Neuze weliz war dour Runan Ann tad-moualc'h 'kludan ar vran, Ha lost ar bik war ann dresen :
Gheutu achu ma c'hanoen.
Chanté par le docteur Geffroy.
Air de « une dame tartine » .
Et alors je vis le loup, — vêtu en velours et en soie, — qui sautait par dessus l'échalier de la lande, — dans sa gueule un cheval et une jument.
Alors je vis la chauve-souris — porter ce monde-ci et l'autre monde, — et encore disait la pauvre souris — qu'elle n'avait pas assez de sa charge.
Alors je vis le roitelet, — dont les gens disent qu'il n'est pas petit, — qui grattait avec ses ongles, —essayant de jeter Tréguier en Goëlo.
Alors je vis sur le clocher de Runan — le mâle-merle couvrir le corbeau, — et la queue de la pie sur la ronce : — voilà finie ma chanson.
Le peuple ne déleste pas qu'on lui laisse, comme à un lecteur délicat, quelque chose à deviner dans ce qu'on lui raconte : l'allégorie ouvre l'horizon à chacun selon sa vue. De là le grand nombre des proverbes et des sous-entendus dans la conversation du peuple. C'est pour cela encore que les berceuses mêmes sont des allégories la plupart du temps, et quelquefois des paradoxes sur les bêles. En voilà un ou deux exemples.
GWERZ ET SONN 207