Voy. plus haut, p. 34 et 3o
2. M. Fichet, instituteur à Ponamerit-Jaady, m'a confié des cahiers et des répertoires qui sont pleins de ces morceaux de réminiscence ou d'imitation.
Mais les meilleurs et les plus sûrs renseignements, je les dois, comme mes premières leçons, à M. l'abbé Mordellès, de Tréguier, lui-même un compositeur d'une valeur incontestable.
qu'en raison de \a.virtuosù(; du maitre-so7i7ieur . Les ménéiriers sentent que le vent tourne , et ils vont d'eux-mêmes aux nouveautés, avec le fol espoir do sauver un art qui sera déchu, par un fatal retour, du jour où le biniou aura désappris lejaèadao et le passe-pied de la lande natale.
Le peuple ne danse pas toujours au son des instruments. A un pardon, pour une aire-tteuve , après le banquet de la moisson, l'envie peut venir de sauter uneronde ou une gavotte, sans qu'on ait pourtant un sonneur sous la main ; mais dans tout ce monde-là quelqu'un aura bien appris à « siffler dans la feuille de lierre » entre les dents. Si l'on n'a pas à sa disposition même l'emploi de cette espèce de mirliton, on entonnera une chanson, un sonn sur un métier: les uns chantent, pendant que les autres dansent; ou bien l'on fait les deux à la fois.
Ce rôle de la chanson dans la chorég^raphie populaire serait curieux à étudier. Il y aurait tant d'exemples à produire, depuis la berceuse jusqu'à la ronde des moissonneurs !
La nourrice qui fait sauter l'enfant sur ses genoux, l'endort avec ce refrain :
Pater noster dibi doub 'Man ma c'has o neza stoup.
Traduire en français de pareils textes est quelquefois impossible et souvent futile : ou cela ne sig-nitie rien du tout, ou toutes les interprétations se valent, dans les cas difficiles; plus c'est populaire, plus le sens s'en est obscurci; l'usage a remanié ces choses-là et les a tellement transformées, que vouloir en tirer une idée logique et suivie, serait exiger de « la pierre qui roule, qu'elle amasse de la mousse ». Dans le premier vers du distique plus haut cité, Pater noster, m'a-t-on affirmé, aurait été substitué à une formule druidique. Pour ma part, j'ai vu si peu de traces des druides, en Bretagne, que je me suis décidé à ne les suivre qu'en toute défiance. — « Mon chat est à filer de l'éloupe. » Voilà le second vers. (Voy, plus Idin, àUx sotm.)
Les enfants à l'âge des salles d'asile ont une ronde, sur
l'air du Pater dibi boiidy avec une cadence un peu moins traînante :
Troïk mezo Bara lez 'Nn hini gouezo Chai e-mez ;
« Petite ronde ivre — pain au lait — celui qui tombera — ira dehors. »
De huit à dix ans, ce sont, sur le même air encore, d'autres paroles :
Barzig ha barzig a Goneri,
Ari mab ar roue gand daou pe dri,
Gand eur bagad a bichoned
« Petit barde et petit barde de Gonéri, — il arrive^ le fils du roi avec deux ou trois, — avec une bande de pigeons...» Quel que soit le sens de « Barzig a Goneri », quelle autre allure et quel horizon nouveau! Troïk mezo était une série de spondées entremêlées d'iambes à peine accentués; le mouvement était encore andante. Il est devenu allegro dans Barzig ha harzik\ et maintenant, à peu près rien que l'iambe ou le dactyle. Du coup, l'imagination s'est ouverte au merveilleux : « Le fils du roi vient avec ses pigeons rouges et blancs et violets... » La chanson et l'air, à l'avenant de l'âge.
Les filles de quinze ans tournent encore en rond. Toujours la ronde. Il y a dans leur sonn un prélude significatif; à travers une insouciance avec peine déguisée, on pressent comme un symptôme des prochaines amours.
Plac'hig euz ann Douar-Newe... —
« Jeune fille de la Terre-Neuve... » — V
Et puis, les jeunes gens, avec les chants de guerre ou de table.
Ajoutons les sonn de métiers, certaines chansons satiriques, et toute chanson, en général, composée sur un air qui s'accommode à la saltalion.