‹ Chansons et danses des Bretons. --Chapitre 7 sur 90 · Karnez pour Karmez, peut-être, « Carmel · texte numérisé non relu

Karnez pour Karmez, peut-être, « Carmel

(De) se mettre le monsieur à dire à la dame : — « Voilà une fille de façon ;

« Voilà une petite fille charmante, — si elle avait eu un accoutrement (convenable) ;

« Emmenons-la avec nous dans notre maison , — un jour quelconque pour nous servir. »

J'arrivais à (l'âge de) vingt sept ans, — lorsque me vint l'envie de me marier.

(De) s'en aller mon maître grand dire à ma maîtresse : — « Il est temps de marier l'orpheline.

— L'orpheline ne sera pas mariée, — jusqu'à ce qu'ait eu lieu le pardon du Carmel,

11 faudra lui donner la noblesse (le manoir) du Fantanio, — la plus belle noblesse qui soit dans le pays. »

GWERZ ET SONN 61

Ho-man c'hez gant-hi d'ar pardon Dre ma oa eur plac'h a feson ;

Pe oa 'vonet 'barz ar c'hoat braz

0 tond c'hoant kousket d'he meslrez vraz ;

Hag int oc'h azein war eur c'hlazen, 'Tapout he fenn war he barlenn :

— Ha 'tond eunn dra da laret d'in :

Lac'h da vestrez ha send ou-in...

Demeuz ann dra-ze 'm euz sentet, Ma dorn em godell 'm euz Iaket;

Na pa 'm euz ma c'hontell tennet Seiz toi kontell d'ehi 'm euz roet.

P'em a lazet ma mestrez vraz, Na ouienn pelec'h hen (hi) lakat ;

Ha me 'vont gant-hi d'ar Poulie, 0 koach an-ehi 'mesk ann delio,

Celle-ci (l'orpheline) alla avec elle (sa maîtresse) au pardon, — parce qu'elle était une fille de façon.

Comme elle entrait dans le grand bois, — de venir une envie de dormir à sa maîtresse grande ;

Et elles de s'asseoir sur la verdure, — (la servante) de prendre la tête de sa maîtresse dans son giron :

« Et de venir une chose (voix) me dire : — « Tue ta maîtresse et obéis-moi. »

A cette voix-là j'ai obéij — j'ai mis ma main dans ma poche.

Et, lorsque j'eus mon couteau tiré, — je lui ai donné, à elle, sept coups de couteau.

Quand j'eus tué ma maîtresse grande, — je ne savais où la mettre ;

Et moi (d') aller avec elle au PouUo, — de la cacher entre les feuilles.

0 koach an-ehi 'vesk ann delio, Mes he boto hag he loero

Mes he boto hag he loero,

Ar 'zeo 'm a lest na dizoulou. —

Ho-man c'hez are d'ar pardon ; Doue ouie hec^h entansion.

P'e oa 'vonet 'barz ann hent braz Hag hi oc'h ankontr he mestr braz :

— Palec'h c'hez-te 'ta, minorez?

Palec'h e manet da veslrez?

— Ma mestrez vraz a zo lazet

'Barz ar c'hoat braz gand ar forbaned

'Barz ar c'hoat braz gand ar forbaned ; Me vije ie, mes 'm euz redet.

— Ma vijec'h bet fidel d'ez-hi, G'houi vije lazet kenkouls ha c'hi.

De la cacher entre les feuilles, — hormis sa chaussure et ses bas,

Hormis sa chaussure et ses bas : — ces choses-là, je les avais laissées à découvert ».

Celle-ci retourna au pardon : — Dieu savait son intention (à elle).

Lorsqu'elle en était à prendre le grand chemin, — et elle de rencontrer son maître grand :

« Où vas-tu donc, orpheline? — Où est demeurée ta maîtresse?

— Ma maîtresse grande a été tuée — dans le grand bois par les forbans.

Dans le grand bois par les forbans ; — je l'aurais été aussi, mais j'ai couru.

— Si vous lui aviez été fidèle, — vous auriez été tuée aussi bien qu'elle.

GWERZ ET SONN 63

— Tewed, ma mestr, na oeled ket :

Me a vo d'ac'h evel bepred,

Me a vo d'ac'h evel bepred ; Kousket gan-ac'h,ho! na rin ket. —

Na'barz ann eiz de a goude 'Sevel propojo etre-he

'Sevel propojo etre-he

Da dimin ho daou asamblez.

Pa oaint dimet hag enreujet Ha prest da vonet da gousket,

'C'h antren eur c'horf maro en ti Ha seiz toi kontell en en-hi,

Ha seiz toi kontell en en-hi, Eur pilad koar * deuz peb gouli :

1. Une autre version dit: goad (sang), pour Aoar (cire) , eur pilad goad, au lieu de eur pilad ou pikol koar. Ce serait alors un caillot de sang à chaque plaie. Ces altérations par assonance sont fréquentes dans la poésie populaire.

— Taisez-vous, mon maître, ne pleurez pas : — je serai à vous comme toujours,

Je serai à vous comme toujours ; — coucher avec vous, ho ! je ne le ferai pas. »

Et dans les huit jours après — (de) s'élever des propos entre eux,

(De) s'élever des propos entre eux, — pour se marier tous les deux ensemble.

Lorsqu'ils furent mariés et (qu'ils eurent) fait les noces — et (qu'ils furent) prêts à aller se coucher,

D'entrer un cadavre dans la maison, — et sept coups de couteau sur le corps,

Et sept coups de couteau sur le corps, — une pile de cire (ou un caillot de sang) à chaque plaie :

— Pelec'h c'hez-te' ta, minorez?

Te at euz lazet da vestrez;

Te at euz lazet da vestrez vraz, Evel eur forban deuz ar c'hoat.

— Na ma ouifenn a kement-ze, Me rae d'id evel ive.

— Tewed, ma fried, na red ket ze :

Doue he feo goude.

Chanté par Le Guluche, couvreur, de la Roche-Derrien.

— Où vas-tu donc, orpheline? — C'est toi qui as tué ta maîtresse,

C'est toi qui as tué ta maîtresse grande, — comme un forban du bois.

— Si je savais que tout cela fût vrai, — je te ferais de même aussi.

— Taisez-vous, mon mari, ne faites pas cela : — Dieu la payera plus tard. »

Voilà un gwerz breton, dans la parfaite acception du mot, une complainte populaire en son plein développement. Toute la machine poétique a été mise en œuvre : il y a l'aventure et l'heureuse rencontre, le drame et le crime, l'apparition et l'expiation.

La mélodie de cette chanson a quelque chose de la simplicité des mélopées. Lente et douce, elle ne semble servir qu'à soutenir le récitatif, comme la psalmodie à développer un psaume. Les deux membres de cette phrase musicale ne diffèrent entre eux qu'à la note finale^ chacune surmontée également d'un point-d' orgue . La première fois que j'ai entendu cet air, c'était sur une vieille route de Bretagne, le soir : je n'ai pas oublié depuis l'étrange effet de mélancolie qui se dégageait de ces deux points-d'orgue, longs et tristes, par

GWERZ ET SONN 65

ce chemin couvert, comme un appel de gens en détresse. Je ne saurais affirmer que cette mélodie ait été composée primitivement pour les paroles mêmes que j'ai recueillies en Bretagne et que je viens de transcrire. Qui donc est dans le secret de telles origines? Mais on ne niera pas que cet air ne convienne à sa chanson.

LÉZOBRÉ

Entre ce gwerz, qui m'a été chanté par une mendiante de Rospez, et la troisième des versions de Le^- Aubrays, recueillie par M. Luzel, il n'existe que des nuances. Toutefois, le chanteur des Giverziou raconte deux voyages du héros à Sainte- Anne, tandis que ma chanteuse n'a eu souvenir que d'un seul. Je crois inutile de rééditer un texte déjà arrêté, et je renvoie aux Giverziou Breiz-Izel pour le breton; voici la traduction en français.

— « Entre Koat-ar-Skinn et Les Aubrays — est arrêtée une armée {bis) ;

Est arrêté un combat : — que Dieu leur donne un bon combat !

Que Dieu leur donne un bon combat! — et dans la maison, à leurs parents , de bonnes nouvelles ! »

Le seigneur de Les Aubrays disait — à son petit page, un jour fut:

— Selle-moi vite ma haquenée blanche, — mets-lui sa bride d'argent en tête;

Mets-lui sa bride d'argent en tête — et son collier d'or au cou,

Et apprètez-aussi votre cheval rouan, — que nous allions à Sainte- Anne en Vannes. —

Le seigneur de Les Aubrays disait, — en arrivant à Sainte-Anne :

— J'ai assisté à dix-huit combats, — et les dix-huit je (les) ai gagnés;

Et les dix-huit je (les) ai gagnés — par votre grâce, Sainte-Anne de Vannes;

Faites-moi que je gagne le dix-neuvième, — et je serai couronné au leaudet.

Et je vous achèterai une ceinture de cire, — qui fera le tour de toutes vos terres.

Le tour de votre église et du cimetière — et de toute votre terre bénite :

Je vous achèterai une bannière rouge, — qui sera dorée des deux côtés. —

Le seigneur de Koat-ar-Skinn disait — à son petit page, ce jour-là même :

— Je vois venir un âne — monté sur une haquenée blanche. —

Le seigneur de Les Aubrays dit — à Koat-ar-Skinn, dès qu'il l'entendit :

— Si je suis moi-même un âne, certainement, — je ne suis pas un âne de nature.

Je ne suis pas âne de nature; — on dit que mon père était un homme sage.

Si tu n'as pas connu mon père, — je te ferai connaître son fils. — .

Alors ils sont allés combattre; — le seigneur de Les Aubrays a gagné.

Le seigneur de Koat-ar-Skinn disait — à Les Aubrays, lorsque celui-ci gagnait :

— Au nomde Dieu ! Les Aubrays, — au nom de Dieu !. donnemoi quartier.

— Je ne te donnerai pas de quartier: — car tu ne m'en aurais pas donné.

— Au nom de mon Dieu! Les Aubrays, — laisse-moi la vie.

— Je ne te laisserai pas la vie : — tu ne me l'aurais pas laissée.

— Au nom de Dieu! Les Aubrays, — prends la charge de mes enfants.

— Je ne prendrai pas la charge de tes enfants; — (mais) je .'es laisserai s'en aller en liberté. —

Il n'avait pas achevé ces mots, — que Koat-ar-Skinn était tué de sa main.

Des nouvelles furent envoyées au roi, — pour lui annoncer que Koat-ar-Skinn avait été tué.

Et le roi' du pays de France disait — à son petit page, un jour qu'il fut :

— Petit page, petit page, mon page petit, — tu es diligent et vif;

Va dire à Les Aubrays --- qu'il vienne combattre contre mon More à moi. —

Le petit page disait, -= lorsqu'il arrivait à Lannion :

— Bonjour à vous et joie' à tous dans cette ville. — Le seigneur de Les Aubrays, où est-il? —

Le seigneur de Les Aubrays, dès qu'il eut entendu cela, — a mis la tète à sa fenêtre ,

11 a mis la tète à sa fenêtre, — et il a salué le page du roi.

— Bonjour à vous, seigneur de Les Aubrays. — Et à vous aussi, page du roi.

Et à vous aussi, page du roi. — Qu'est-il arrivé de nouveau ?

— Il vous est dit (commandé) à vous, Les Aubrays, — de venir combattre contre le More du roi.

— Au nom de Dieu! petit page du roi, — apprends -moi le secret de ce More -là :

Et je te donnerai un bouquet, — dans le milieu duquel il y aura quatre mille écus.

— Je vous dirai son secret : — mais ne le révélez jamais à personne.

Lorsque s'ouvrira ce combat-là, — jetez vite vos habits sur les siens ;

Et jetez-lui de l'eau bénite, — dès qu'il aura dégainé.

Alors il fera un bond en l'air : — placez votre épée pour le recevoir ;

Aimez-mieux perdre votre épée, — Les Aubrays, que perdre votre vie. —

Le seigneur de Les Aubrays, lorsqu'il eut entendu cela, — a mis la main dans sa poshe ;

Il a donné au page un bouquet, — dans le milieu duquel il y avait quatre mille écus.

Le seigneur de Les Aubrays disait, — lorsqu'il arrivait dans le palais du roi :

— Bonjour à vous, sire, et même roi. — Qu'avez-vous donc de nouveau ?

— Il l'a été dit, Les Aubrays, — que tu viennes combattre contre mon More à moi.

Tu as tué Koat-ar-Skinn, — qui était un de mes plus grands amis.

GWERZ ET SONN 69

Mais si tu as tué Koat-ar-Skinn, — mon More à moi, tu ne le tueras pas. —

Lorsqu'il entra dans la grande salle contre lui, — de lui jeter de l'eau bénite ;

Quand le More jette ses habits à terre, — Les Aubrays jette les siens par-dessus ;

Quand le More fait un bond en l'air^ — il place son épée de manière à le recevoir.

— Au nom de mon Dieu ! Les Aubrays, — retire vers toi ton épée.

— Je ne retirerai pas vers moi mon épée : — tu n'aurais pas retiré la tienne, toi.

— Au nom de mon Dieu ! Les Aubrays, — laisse-moi la vie.

— Je ne te laisserai pas la vie: — tu ne me l'aurais pas laissée à moi. — Il n'a pas achevé ces mots, — que le More noir est tué —

Le More noir est tué, — et Les Aubrays est sorti.

Il a rencontré le petit page du roi ; — il lui a donné un second bouquet ;

Il lui a donné un second bouquet, — dans le milieu duquel il y avait quatre mille écus.

Le roi alors disait — à Les Aubrays, lorsqu'il sortait :

— Mon Dieu ! serait-ce possible — que tu aies tué mon More à moi?

— Oui, j'ai tué votre More, — et je vous tuerai aussi, si vous voulez.

— Au nom de Dieu ! Les Aubrays, — laisse- moi la vie,

Et reste dans mon palais avec moi : — je te ferai roi après moi.

— Je ne resterai pas avec vous dans votre palais : — car ma pauvre petite mère est veuve ;

Car ma pauvre petite mère est veuve: — et elle aurait à mon sujet du chagrin. —

Le seigneur de Les Aubrays disait — dans la ville de Lannion, lorsqu'il entrait :

— J'ai été à vingt combats, — et j'ai gagné les vingt :

Par votre grâce, sainte Anne de Vannes, — je serai couronné au leaudet ;

Je serai couronné dans l'église, — et (pourtant) je n'ai pas encore vingt ans révolus.

Cette chanson est de celles qui ont mis en feu, sur des ques-lions d'authenticité, les bretonnants et les celtisles. C'est au moins inutile et surtout inopportun de rallumer cette querelle, au sujet de Lez-Breiz (voy. le Barzaz-Breiz) et Les Aubrays (voy. les Gwerziou Breiz-Izel).

Lézobré est un de nos plus anciens gwerz. Un esprit tourné aux interprétations historiques devait être séduit par cette complainte, dont le caractère d'antiquité est incontestable. Mais une chanson qui a vécu deux ou trois siècles dans la seule tradition orale^ est près de son terme : et combien peu obtiennent cette durée ! Le peuple, qui ne s'intéresse pas éternellement aux mêmes choses, ne saurait avoir la mémoire si longue.

Duguesclin est un nom que les Bretons prononcent avec quelque fierté. Bertrand Duguesclin fut seigneur de la Roche- Derrien; j'ai vainement cherché par tout le pays une trace de son brillant mais lointain passage, un souvenir du héros dans un chant. Et plus près de nous, la duchesse Anne : il ne subsiste pas un fragment de gwerzy il n'est pas le moindre sonn sur Anne de Bretagne. Duguesclin et la reine Anne, voilà deux noms vraiment historiques et totalement effacés de la tradition populaire.

On sait que les renommées transmises par l'histoire écrite, ne sont pas celles que consacre le peuple; celui-ci choisit ses noms à lui, et il leur est fidèle, tant qu'il en garde le sens.

GW'ERZ ET SONN 71

A.insi, noire époque contemporaine, si différente déjà du siècle dernier, sera-t-elle fatale à plus d'un souvenir qui remonte un peu avant vers un passé disparu.

L'air de Lézobré peut passer pour rebelle à une mesure rigoureuse. C'est un récitatif, plutôt qu'une mélodie; le chanteur accélère ou ralentit la narration psalmodiée des événements, à son gré, suivant sa propre émotion. Pour se faire une idée assez exacte de ces mélodies primitives, simples, presque des mélopées, qu'on imagine une fileuse à son rouet : elle chante, parce qu'elle est seule; elle n'a pas même à suivre le cours de sa pensée; la complainte lui revient à l'esprit sans efforts, tout comme ce fil sort do la quenouille; par moments, penchée sur la bobine, elle interrompt le chant, ou elle prolonge la note, jusqu'à ce que le travail soit redressé ; puis elle reprend, de sa voix traînante et douce, le récit de l'héroïque ou triste aventure.

N'est-ce pas qu'il faudrait toute autre chose que du talent pour soumettre de telles mélodies à une harmonisation?

AR ROUE GRALON

Petra zo neve e ker Is,

M'ar d'e ken drant ar iaouankiz,

Ha m'ar klevan ar biniou,

Ar vombard hag ann telennou?

Qu'y a-t-il de nouveau dans la ville d'Is, — si la jeunesse est tellement joyeuse, — et si j'entends le biniou, — la bombarde et les harpes?

On connaît la légende de Ker-Is, cette ville punie et submergée pour les fautes de Dahut ou Ahès, fille du roi Gradlon ; elle est populaire dans toute la Bretagne. C'est même une légende universelle : h ne serait dans ce sens qu'une cité mythique.

La version du Barzaz-Breiz, « Livaden Geris », je ne l'ai entendue nulle part : elle est fort belle. Celle dont je transcris

le premier couplet seulement, est chantée au fond de la Cornouaille aussi bien que dans le pays trécorrois. On attribue ce gwerz à Ollivier Souveslre, qui l'a intercallé dans une nouvelle, « le Kloarek breton ».

Si tel est vraiment le cas, voilà un exemple de ces chansons qui entrent vite dans le domaine public. C'est un barde habile qui a composé celle-ci; elle est tout à fait dans le goût du peuple, et, ce qui a été loin de nuire à sa vogue, le sujet en était d'avance comme un thème populaire. Partout il y a une ville d'Is; on en montre du moins partout les lointaines ruines sous les flots : à leaudet, à Leo-Drez (la Lieue-de- Grève) en Plestin, aussi bien que dans la baie de Douarnenez.

Cette complainte est imprimée sur des feuilles volantes; les bardes-mendiants la colportent et la vendent sur les places de marché. C'est un des gwerz les plus aimés de la foule; le chanteur qui « ne fait pas ses frais », n'a qu'à tirer de son bissac en toile Ar Boue Gralon; et il n'aura pas fini le premier couplet, que l'auditoire sera déjà compact et attentif.

Lorsque la question des mélodies populaires aura été l'objet de sérieuses études au double point de vue musical et scientifique, il sera possible et surtout utile d'en instituer pour ainsi dire la paléographie. J'ai noté deux airs du « roi Gradlon » : il ne faut pas être un bien vieux clerc, pour reconnaître l'antériorité de la première version. Cette mélodie est d'une allure lente, grave et un peu triste. Et comme les théories modernes sont en déroule dans ces chants du peuple! Les couplets de « Ar Roue Gralon » sont des quatrains : le premier vers se chante à quatre temps; les deux suivants à trois-quatre, suivi d'une mesure à deux-quatre pour retomber à quatre temps, sur le quatrième vers exactement avec le même membre de phrase mélodique qu'au premier vers du quatrain.

L'air de Ker-ls est si répandu, qu'il a eu la bonne (peut-être la mauvaise) fortune de se prêter à des sujets divers, profanes et religie»;x.

GWERZ ET SONN 73

AR G'HONT A WETO

Pa oa ar C'hont iaouang o vond deuz ann arme, Klevaz eur verjeren o kana er mené (bis) :

— Lared d'in, berjeren, da biou ec'h eo ar son

A ganec'h brema-zonn?

— Tewed, em-ehi ', otro, na n'en em jened ket, Na n'e ket d'ac'h ar sonn a ganenn brema-zonn; Na' n'e d'ann dimezel deuz ar ger a Weto Lerer zo dispaket eunn daou pe dri de zo,

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