‹ Chansons et poèmes /Henri HeineChapitre 15 sur 39 · CHA^ISONS ET POEMES · texte numérisé non relu

CHA^ISONS ET POEMES

Au calice d'un lys je veux plonger mon âme, Au calice d'un beau lys blanc, Et je veux qu'il en sorte un chant De féal amour pour ma dame.

Et ce chant doit frémir, ce chant doit frissonner Tel le baiser que l'amoureuse, En une heure mystérieuse, Jadis a daigné me donner.

Depuis des millions d'années, Les étoiles, au fond des cieux, Se regardent énamourées Et se font des yeux langoureux.

Leur langue, 1res riche et très belle, Esl fermée aux grammairiens. Il n'en esl pas un qui l'épèle, Et tout leur savoir n'y peut rien.

Sans le secours d'un interprèle, Moi, je l'entends parfaitement, Car les doux yeux de violette M'ont tenu lieu de rudiment.

Comme je voudrais, petit ange, Sur l'aile de mes vers ravis, T'emporter aux rives du Gange, En ce délicieux pays,

Où croissent des moissons de roses, Oîi, parmi la foule des fleurs, Les fleurs du bleu lotus, écloses, Attendent leur petite sœur.

Là, les pudiques violettes Font aux étoiles les doux yeux ; Les roses, d'une voix discrète, Tiennent des propos amoureux.

Parfois, les gazelles légères Cessent leurs jeux, pour écouter,

Dans une rumeur dé mystère, La voix du ^rand fleuve monter.

A l'ombre des palmes, ma mie, C'est là que je veux t'ehlever Et, bercé dans tes bras, rêver De pafx et d'amour infinie. .

Quand, dans sa splendeur, le jour luit. Le lotus souffre et s'inquiète; Il attend, en penchant la tête, Le retour de la fraîche nuit.

Mais, quand la lune, son amante.

Vient l'éveiller, à sa clarté.

Il montre sa face charmante Et sa délicate beauté.

Dressé vers celle qui l'attire.

Il suit la lune dans son cours ; Il tressaille, il pleure, il soupire D'amour et d'angoisse d'amour.

Cologne, assise aux bords du Rhin, Dans les flots aiix reflets d'opale Mire l'antique cathpdrale Où chantent les cloches d'airain.

La Vierge, dans le sanctuaire, Sur une gloire aux ors pâlis Rayonne, et sa candeur de lys Verse en ma nuit de la lumière.

Des fleurs, des anges radieux Entourent madame Marie, Et ses lèvres, son front, ses yeux Ressemblent à ceux de ma mie.

Tu ne m'aimes pas, je le sais ; mais quoi ! Je n'ai pourtant pas de peine profonde : Tant qu'il m'est permis de te voir, ma blonde, C'est assez : je vis heureux comme un roi.

Tu peux rae haïr et me mépriser, Tu peux me le dire en face : Je pense, Si la bouche encor me donne un baiser. Que c'en esl assez pour mon allégeance.

Pas de serments, mais des caresses ; Serments de femme, ce n'est rien :

Ta voix est douce, mais combien Ton baiser est plus doux, maîtresse.

Ton baiser est sûre liesse.

Ta parole est un souffle vain....

Fais-moi des serments, ô ma belle ; Parle, et je croirai pour toujours Que ta poitrine d'immortelle A pour hôte un cœur sans détours, Fait pour d'éternelles amours.

Pour des amours plus qu'éternelles.

J'ai fait pour les yeux de l'aimée Des canzones d'un tour parfait ;

J'ai, pour les lèvres de l'aimée, Fait de miraculeux tercets, Et, pour le front pur de l'aimée.

Des stances du plus bel effet.

Ah ! que n'a-t-elle un cœur, laimée.

Je ferais un joli sonnet !

Le monde est sans yeux, chère enfant, Tous les jours son goût dégénère :

Ne voilà-t-il pas qu'il prétend Que tu n'as pas bon caractère !

Ce monde, sans goût et sans yeux, Il faut bien qu'il te méconnaisse, Puisqu'il ignore quelle ivresse Versent tes baisers amoureux.

Dites, qu'est-ce donc que vous êtes.

Très chère? Un fantôme enfante.

Aux jours étouffants de l'été.

Par la cervelle d'un poète ?

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