H6 CHANSONS ET POÈMES
Jetla m'a baisé samedi ; Julia m'a baisé dimanche ; Enfin Gunégonde lundi M'a caressé de sa main blanche.
Or, on donnait fête mardi Au beau château ; le voisinage, Messieurs et dames, s'y rendit Dans le plus brillant équipage.
Moi, je ne fus pas invité.
L'omission est un peu sotte :
On la remarque, l'on chuchote, On rit avec méchanceté.
Pareille à ces cités de rêve, Que l'on croit voir dans la nuée, La ville, à l'horizon, s'élève Parle crépuscule estompée.
Un vent léger de son haleine Ride le canal qui frissonne ; Mon batelier l'effleure à peine De son aviron monotone.
Ce qui resle de jour encore
Me montre ainsi, dans l'ombre accrue,
Les lieux où celle que j'adore
Pour moi fut à jamais perdue.
Salut, ville mystérieuse, Salut à toi, grande cité, Salut, murs, que mon amoureuse Fleurit jadis de sa beauté !
Portes et tours, je vous adjure :
Ma mie, où donc a-t-elle été ?
Vous m'avez fait garde peu sûre Contre son infidélité !
Je vous excuse, tours benoîtes, (<ar vous ne pouviez pas bouger, Quand la petite, avec ses boîtes, S'avisa de déménager.
C'est vous qu'il faut que je maudisse, Portes ; loin de sortir des gonds.
Une porte est toujours complice Des fugues que font les tendrons.