‹ Chansons et poèmes /Henri HeineChapitre 18 sur 39 · H6 CHANSONS ET POÈMES · texte numérisé non relu

H6 CHANSONS ET POÈMES

Jetla m'a baisé samedi ; Julia m'a baisé dimanche ; Enfin Gunégonde lundi M'a caressé de sa main blanche.

Or, on donnait fête mardi Au beau château ; le voisinage, Messieurs et dames, s'y rendit Dans le plus brillant équipage.

Moi, je ne fus pas invité.

L'omission est un peu sotte :

On la remarque, l'on chuchote, On rit avec méchanceté.

Pareille à ces cités de rêve, Que l'on croit voir dans la nuée, La ville, à l'horizon, s'élève Parle crépuscule estompée.

Un vent léger de son haleine Ride le canal qui frissonne ; Mon batelier l'effleure à peine De son aviron monotone.

Ce qui resle de jour encore

Me montre ainsi, dans l'ombre accrue,

Les lieux où celle que j'adore

Pour moi fut à jamais perdue.

Salut, ville mystérieuse, Salut à toi, grande cité, Salut, murs, que mon amoureuse Fleurit jadis de sa beauté !

Portes et tours, je vous adjure :

Ma mie, où donc a-t-elle été ?

Vous m'avez fait garde peu sûre Contre son infidélité !

Je vous excuse, tours benoîtes, (<ar vous ne pouviez pas bouger, Quand la petite, avec ses boîtes, S'avisa de déménager.

C'est vous qu'il faut que je maudisse, Portes ; loin de sortir des gonds.

Une porte est toujours complice Des fugues que font les tendrons.

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