‹ Chansons et poèmes /Henri HeineChapitre 24 sur 39 · V. — Position · texte numérisé non relu

V. — Position

Les rayons du soleil se jouaient sur les eaux ;

La mer se déroulait en sa houle infinie;

En rade, je voyais — tout pimpant — le vaisseau

Sur lequel je devais regagner ma patrie,

Mais qui, faute de vent, se trouvait arrêté.

Je fus donc, ce jour-là, seul avec ma pensée,

Sur la grève, et j y lus la divine Odyssée.

Cette chanson si jeune en son antiquité.

Où vit la mer avec toute sa poésie.

Où Thomme se retrouve en son printemps vermeil,

D'..ù s'exhale un parfum céleste d'ambroisie,

VA (pii ranime Hellas et son jeune soleil.

Kt mon cœur généreux, en ses courses errantes. Accompagnait le fils de Laerte ; avec lui, Arété m'accueillait, vénérable et charmante, l'ilaut la laine auprès de son foyerquiluit.

Volontiers, j'étais le complice

De tous les mensonges d'Ulysse; Je l'aidais à s'enfuir de l'antre du géant.

Des bras de la magicienne;

Tous deux nous affrontions la nuit cimméricnne

El, lorsque ic flot et le vent, Epuisé, demi-mort, le rejetaient à terre. Je pleurais avec lui sur sa longue misère. Et je priais ainsi : « Posidon immortel,

Votre puissance est infinie

Et votre courroux est cruel :

N'allez pas m'empêcher de revoir ma patrie ». .

A peine avais-je dit ces mots Que, pour répondre à ma supplique, Algues vertes au front, Posidon sur les tlots Apparut et me tint ce propos sarcastique :

« Pourquoi trembler, poètereau?

Je ne veux pas de mal à ton méchant bateau : Je ne troublerai pas ta fortune chétive

Par quelque secousse un peu vive.

Un seul caillou jamais, par ton fait, tomba-t-il

Des remparts de Troie? as-tu môme

Arraché jamais un seul cil

A l'œil de mon fds Polyphème?

A quel moment enfin t'a-t-il été donné D'cîntendre les avis de Pallas Athéné ? »

El. m'ayant infligé celle rude nasarde, Posidon disparut aussilôt sous les eaux. Où riaient aux éclats la déesse poissarde, Amphilrite, et Néreus, pasteur de ses troupeaux.

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