IX. — Mal de Mer
Les nuages gris de l'après-midi, Dans leur vol, pesamment, surplomblent la mer
Et notre vaisseau, d'un élan hardi, [gri^^e,
Cingle à travers le flot qui, sur ses flancs, se brise.
Je suis au pied du mat, en proie au mal de mer Et, sur moi, je me livre à des pensers amers,
Pensers aussi vieux que le monde, Pensers que déjà Loth, en son à me profonde. Agitait (piaiid, après avoir pris du hou temps. Il doviul malheureux au déclin de ses ans. Je rêve aussi parfois à de vieilles histoires : Comment les[)èlerins croisés du temps jadis, Ouand le vent furieux heurtait les vagues noiies, Avaienl recours à toi. Vierge du paradis;
Gomment les liauls barons, au sein de la tour- S'ils étaient pris du mal de cœur, [mente,
Sur leurs lèvres pressaient le gant consolateur De leur châtelaine charmante.
Moi, je n'ai (lu'un hareng, consolateur amer.
Alors qu'on soulïre comme un chien du mal de mer.
El, cependant, contre vent et marée Notre vaisseau poursuit son combat incessant. Sa poupe est, quelquefois, comme un cheval, cabrée Et son gouvernail crie avec un bruit grinçant. D'autres fois, de la proue, il s'élance dans l'onde
D'une chute profonde.
Et d'autres fois enfin, tel un corps las d'amour. Il se laisse porter sur le sein de la houle,
Dont la grande voix gronde et roule
Comme un roulement de tambour.
Parmi le flot qui bout et fume Et vient m'éclabousser de ses pacjueis d'écume.
Oh ! ce tangage! oh ! ce roulis perpétuel! C'est en vain que mes yeux, {)armi les vagues hautes, Cherchent à distinguer, Allemagne, tes côtes : Hélas! Je ne vois rien (pie la mer et le ciel.
Lorsque la pluie a traversé sa houppelaude, Le voyaiçeur aspire au bol de Ihé bien ciinud : Ainsi, je t'appelle bien haut De tous mes vœux, ô patrie allemande.
Qu'importe que ton sol reste toujours couvert De hussards, de sottise et d'exécrables vers. De brochures où tant d'ineptie est enclose, De tant de pauvretés indignes de pardon, Que tes zèbres mangent des roses Pour pitance, au lieu de chardons; Que tes singes, parce qu'ils sont de haut lignage, Se croient supérieurs au reste du bétail ; Que tes représentants consacrent leur travail A savoir si le ver appartient au fromage. Tandis qu'on foule aux pieds la justice et le droit : Quand tout cela devrait n'avoir jamais de terme,
Pourtant je languis après toi.
Puisque tu me rendras, du moins, la terre ferme.