‹ Chansons et poèmes /Henri HeineChapitre 37 sur 39 · X. — Le Port · texte numérisé non relu

X. — Le Port

ll(Mn'(Mi\ (pii rentre au |>()i"t, à l'abri des tempêtes, i']t ([ui, loin désormais des périls de la luirr, P(!ut s(; cluiun'er les pieds et reposeï- sa lèle Au bon gîte qu'à Brème on nomme Ralhskeller.

Avec (juellc gaieté l'univers se reflète Dans le vin qui remplit le cristal d'un nnner! Comme ce microcosme est exquis à humer ! Comme son Ilot vermeil chatouille la luette! Dans mon rœmer je vois le passé, le présent, Grecs, l^ircs, Hegel et Gans, grands hommes im-

I posants, Des casernes, des bois où luisent des oranges, Herlin, Schilda, Tunis, Hambourg, que sais^je

[encor !

Jo vois surtout ma mie et son visage d'ange, Auquel le vin du P.hin fait une gloire d'or.

Qu'elle est belle, ma mie ! elle est comme une rose ;

Non pas la rose de Schira Ou'aima le rossignol et qu'Hafiz célébra. Ni celle que Saron, la sainte, voit éclose : Hlle est comme la rose, orgueil du 7»V///z.sAW/t>r, A qui le temps donne un éclat toujours plus clair,

l'ne odeur plus douce et plus forte, l'^t qui verse à mon coMir im trouble singulier. Si pénétrant que, sans l'aide du sommelier. Ivre, je tomberais sur le seuil de la porte.

Homme excellent, ce sommelier! en vrais amis, Et, fraternellement, l'un près de l'autre a.ssis.

Noustraitions, en buvant, des choses les plus hautes, Nous nous attendrissions et pleurions côte h côte ! A la foi de l'amour c'est lui qui m'a rendu :

C'est par lui qu'aux méchants [>oètes Enfin j'ai pardonné (pour moi-même ainsi faites!) Et qu'à mes ennemis les plus cruels j'ai bu. C'est par lui que je fus admis au sanctuaire

Où siègent douze grands tonneaux,

Loin du profane et du vulgaire ;

Et ces douze apôtres nouveaux,

Sans parler, prêchent leurs fidèles

En une langue universelle.

Oui, des'saints, en voilà, des vrais ! d'extérieur

Simple, en robe de bois; au dedans, magnifiques Et brillants de plus de splendeur

Qu'au temple d'Iaveh la troupe lévitique, Plus somptueux, plus reluisants

Que les trabans d'ilérode et que ses courlisans.

Ainsi Notre-Seigneur Jésus passe sa vie,

Je l'ai toujours dit à chacun —

Non parmi les gens du commun,

Mais au milieu de la meilleure compagnie.

Les palmiers de Bélhel s'inclinent sur mon front. Que (le senteurs délicieuses je respire ! Alléluia! Ilébron me parfume de myrrhe!

Le Jourdain, d'allégresse, a frémi jusqu'au fond. D'allégresse, à son tour, mon ame aussi chancelle,

Tant qu'enfin le bon sommelier.

Me voyant chanceler comme elle. M'emporte sur son dos en haut de l'escalier.

Regarde, sommelier du Rathskeller : les anges Se sont rangés en chœur sur les toits des maisons, Chantant à pleins gosiers de bachiques chansons, Que n'ouïrent jamais les célestes phalanges.

Et, dans le ciel, l'ardent soleil

N'est rien de plus qu'un nez vermeil :

C'est le nez de l'esprit du monde.

Autour de ce nez flamboyant,

Enorme rubis rougeoyant.

Les astres, en goguette, évoluent à la ronde.

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