‹ Chansons et toastsChapitre 16 sur 100 · ILLUSIONS · texte numérisé non relu

ILLUSIONS

Il est pour nous un âge exempt d'alarmes Dont nous aimons tous à nous souvenir ; Je l'ai connu ce passé plein de charmes, Hélas ! pour moi trop tôt il dut finir. Quand je quittai mon paisible village, Dans l'avenir je voyais de beaux jours : Rêves charmants qui berciez mon jeune âge, Illusions, égarez-moi toujours !

Quand je connus les besoins de la vie, Lorsqu'à seize ans j'en courus les hasards, Tout souriait à mon âme ravie, Mon cœur s'ouvrit pour aimer tous les arts. O poésie, aimable enchanteresse, Grisant mon cœur de séduisants discours, Tu me promis une éternelle ivresse :

Illusions, égarez-moi toujours !

Quand je connus les baisers d'une femme, Quand de l'aimer, un jour, je fis serment, On me disait : Feu follet que ta flamme ! L'amour, hélas ! ne dure qu'un moment.

Et cependant, ô ma Jeanne ! je t'aime Gomme au printemps de nos jeunes amours; L'homme a vieilli, mais le cœur est le même : Illusions, égarez-moi toujours !

On me disait : Il n'est plus d'espérance,

N'aspire plus au repos, à la paix ;

De ton pays longue fut la souffrance,

La Liberté n'y reviendra jamais.

Et cependant une aurore nouvelle

Se lève, au loin chassant de noirs vautours..

La Liberté va renaître plus belle :

Illusions, égarez-moi toujours !

Bercez-moi donc, ô riantes chimères, Endormez-moi dans une douce erreur :

Les vérités sont parfois bien amères !

Pour être heureux il faut croire au bonheur. Quand le destin voudra que je succombe, Prêt à descendre aux ténébreux séjours, Je veux encor vous voir près de ma tombe- Illusions, égarez-moi toujours !

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