MES ECONOMIES
De bons amis m'ont dit, avec sagesse, De renoncer au culte de Momus:
Qu'il me fallait songer à la vieillesse, Et de côté mettre quelques écus.
Je cède enfin. Au diable la folie !
De la raison essayant le chemin, De mes gros sous je fais économie, Aujourd'hui? Non, demain!
Je serai donc un jour à mon affaire; En calculant capital, intérêts.
Je puis bientôt, en gras propriétaire, Rentier paisible, aller vivre au Marais. Mais mon portier vient avec bonhomie Me saluer, sa quittance à la main...
Payons le terme, adieu l'économie !
Ce sera pour demain.
Je veux avoir domestique et voiture.
Pour me conduire au Bois, à l'Opéra; Bons vêtements pour braver la froidure, Lorsque chez nous décembre reviendra.
Mais, aujourd'hui, robe il faut à ma mie Lui refuser serait bien inhumain...
Payons la robe, adieu l'économie !
Ce sera pour demain.
Avec mon or, dédaignant le vulgaire.
Je puis prétendre, un jour, aux dignités: De mon quartier je veux devenir maire, M'asseoir plus tard au banc des députes. Mais, réveillant une fibre endormie, Un peuple ami, pour lutter tend la main. Donnons, donnons, adieu l'économie !
Ce sera pour demain.
Sans être fier, lorsque déjà je pense Aux gens cossus que je vais recevoir.
Je suis flatté, car j'escompte à l'avance Les compliments qui sur moi vont pleuvoir. Des chansonniers, pourtant, la troupe amie A son banquet m'attendra-t-elle en vain: Allons dîner, adieu l'économie !
Ce sera pour demain.
MES ÉCONOMIES <j}
Je le vois bien, amis, dame Richesse Ne me veut pas compter dans ses élus.
Il faut pourtant écouter la sagesse.
Car, après tout, quand je ne serai plus, Pour me passer dans la barque ennemie, Sur moi Caron aurait trop peu de gain : Vivons d'abord, adieu l'économie !
Ce sera pour demain.
LA CHANSON DU GUÉ
A mon cher compatriote, M' S. Périoier.
Près du vieux moulin Au chant monotone, Sur les bords du Clain J'ai vu ma mignonne,
Landeridera, Ion la,
Ah ! quel bon temps c'était là !
L'amoureux printemps Versait sa folie ; Berthe avait vingt ans, Qu'elle était jolie!
Landeridera
La belle en souci, Désirait, craintive.
Avec mon appui Gagner l'autre rive.
Landeridera
LA CHANSON DU GUÉ
Pour passer le gué L'aimable compagne !
Mon cœur subjugué Battait la campagne.
Landeridera
Elle s'appuya Sur ma rude épaule ; Un oiseau siffla, Moqueur, sous le saule.
Landeridera
La brise soufflait Dans sa chevelure, Son pied nu semblait Blanchir l'onde pure.
Landeridera
Oh ! les lourds cheveux Que ceux de ma blonde !
Oh ! ses deux grands yeux, Les plus beaux du monde !
Landeridera
Rose était sa chair Aux baisers offerte ; Sa bouche avait l'air D'une fraise ouverte.
Landeridera
*)t> CHANSONS
Par l'étroit chemin Fleuri d'aubépine.
Je pressai sa main, Sa main blanche et tine.
Landeridera
Merles et pinsons, Ténors des charmilles, Disaient leurs chansons, Prodiguaient leurs trilles.
Landeridera
Les pommiers jetaient Leurs fleurettes blanches; Nos baisers chantaient Joyeux sous les branches.
Landeridera
Et fous, nous allions Sur les tendres mousses, Et nous nous disions Des choses bien douces.
Landeridera
Et tant que le jour Versa la lumière, Fleurit notre amour Près de la rivière.
Landeridera
LA CHANSON DU GUE
Puis, las ! je partis Loin de la contrée, Et plus ne revis La chère adorée.
Landeridera
Triste et fatigué, Au dernier automne J'ai passé le gué, Mais sans la mignonne.
Landeridera
Adieu, mes amours, Adieu, pauvre mie !
Hélas ! pour toujours Tu t'es endormie !
Landeridera, Ion la,
Mon pauvre cœur en mourra !