‹ Chansons et toastsChapitre 70 sur 100 · LA PROMESSE DE NINON · texte numérisé non relu

LA PROMESSE DE NINON

Mais qu'ai-je dit ? Non, vraiment, c'est folie ! Cet attirail, ces bijoux, ces rubans, Te rendraient-ils à mes yeux plus jolie? Pour te parer n'as-tu pas tes vingt ans?

Non, laisse là tout ce vain étalage.

Combien de fleurs, là-bas, au bois ombreux, Fières, voudront briller à ton corsage, Et s'offriront pour orner tes cheveux !...

De nos baisers j'escompte la recette :

J'en veux prendre un sur ton œil noir moqueur. Puis deux, puis trois sur ta joue à fossette, Puis... sans compter sur tes lèvres en fleur.

Pourquoi dis-tu d'être plus économe

De ces baisers, voluptueux régal?

Quand j'en voudrais, de suite, avoir la somme.

Les intérêts avec le capital.

Ninon, Ninon, quand l'heure est fortunée, Lorsque tu vois quels désirs sont les miens, Si je ne suis riche qu'une journée, Laisse-moi vivre, et compter tous mes biens.

Mon œil vous voit, doux trésors que j'envie : Petites mains appelant le baiser, Taille d'enfant qui dans mes doigts se plie, Souple roseau qu'on a peur de briser.

Charmants jumeaux, venez qu'on vous embrasse...; On vous séquestre, hélas ! pauvres petits. Allez, tantôt j'obtiendrai votre grâce.

En attendant tenez-vous bien blottis.

Mais je te fâche, ô Ninon; je m'arrête... Que de trésors s'échappent de mes doigts Allons, partons, puisque te voilà prête, Je finirai mon inventaire au bois.

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