‹ Chansons et toastsChapitre 82 sur 100 · C'EST L'HIVER · texte numérisé non relu

C'EST L'HIVER

C'est l'hiver et ses jours moroses, L'hiver qui vous glace le flanc ; Veuf qui semble pleurer les roses Et qui porte son deuil en blanc.

En avant les drogues maudites, Les médecins qui coûtent cher !

Voici la saison des bronchites :

C'est l'hiver.

C'est l'hiver; la neige qui tombe Nous enveloppe en ses grands plis:

Chaque maison est une tombe Où nous vivons ensevelis.

c'est l hiver 151

Le vent dans la ville s'engouffre Et de ses sanglots emplit l'air; On dirait une âme qui souffre :

C'est l'hiver.

C'est l'hiver; le long de la Seine On voit des enfants presque nus, Et, quartier de la Madeleine, Des chiens avec des pardessus.

Le roquet semble heureux de vivre; L'enfant, dont le froid mord la chair, Pleure sous la neige et le givre :

C'est l'hiver.

C'est, l'hiver; les riches voitures

Roulent; sur leurs sièges juchés

Les vieux larbins dans leurs fourrures

Ont l'air de gros ours... mal léchés.

La bise en hurlant vous soufflette;

Le nez blanc, bleu, gris, rouge ou vert,

Prend tous les tons de la palette :

C'est l'hiver.

C'est l'hiver; c'est la saison bête Où, sans pain et les pieds gelés, Dans son taudis plus d'un poète Rêve des beaux soirs étoiles,

Itj2 CHANSONS

Et célèbre, amère ironie.

Lui l'affamé, nu comme un ver,.

L'amour, le vin et la folie :

C'est Thiver.

C'est l'hiver; viens, ô ma mignonne,

En attendant l'avril béni,

Frêle oiseau dont le corps frissonne,

Viens dans mes bras te faire un nid.

Bravant les rigueurs de décembre,

Devant un bon feu vif et clair

Il fait bon s'aimer dans la chambre :

En hiver.

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