C'EST L'HIVER
C'est l'hiver et ses jours moroses, L'hiver qui vous glace le flanc ; Veuf qui semble pleurer les roses Et qui porte son deuil en blanc.
En avant les drogues maudites, Les médecins qui coûtent cher !
Voici la saison des bronchites :
C'est l'hiver.
C'est l'hiver; la neige qui tombe Nous enveloppe en ses grands plis:
Chaque maison est une tombe Où nous vivons ensevelis.
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Le vent dans la ville s'engouffre Et de ses sanglots emplit l'air; On dirait une âme qui souffre :
C'est l'hiver.
C'est l'hiver; le long de la Seine On voit des enfants presque nus, Et, quartier de la Madeleine, Des chiens avec des pardessus.
Le roquet semble heureux de vivre; L'enfant, dont le froid mord la chair, Pleure sous la neige et le givre :
C'est l'hiver.
C'est, l'hiver; les riches voitures
Roulent; sur leurs sièges juchés
Les vieux larbins dans leurs fourrures
Ont l'air de gros ours... mal léchés.
La bise en hurlant vous soufflette;
Le nez blanc, bleu, gris, rouge ou vert,
Prend tous les tons de la palette :
C'est l'hiver.
C'est l'hiver; c'est la saison bête Où, sans pain et les pieds gelés, Dans son taudis plus d'un poète Rêve des beaux soirs étoiles,
Itj2 CHANSONS
Et célèbre, amère ironie.
Lui l'affamé, nu comme un ver,.
L'amour, le vin et la folie :
C'est Thiver.
C'est l'hiver; viens, ô ma mignonne,
En attendant l'avril béni,
Frêle oiseau dont le corps frissonne,
Viens dans mes bras te faire un nid.
Bravant les rigueurs de décembre,
Devant un bon feu vif et clair
Il fait bon s'aimer dans la chambre :
En hiver.