ÇA DIMINUE
Et, tout en méprisant l'ivrogne,
A table, autrefois,
J'eusse, je le crois, Vidé dix flacons de bourgogne ;
La chaude liqueur,
De par mon docteur, Depuis longtemps m'est défendue;
Mieux va la santé,
Mais pour la gaîté...
Ca diminue !
Pour mainte beauté,
Ardent, transporté, Jadis j'aurais vendu mon âme;
Ce sexe enchanteur
Régnait sur mon cœur, Pour lui j'étais tout feu, tout flamme;
Aujourd'hui, l'amour
Me fait plus d'un tour,
Et rit de ma déconvenue...
Hélas ! de mon feu
Il me reste peu :
Ça diminue 1
Crédule à l'excès, Jeune, je berçais Mon cœur de bien douces chimères; Aussitôt construits, Aussitôt détruits,
Les projets ne me coûtaient guères.
Froide déité,
La Réalité Chez moi, depuis, est survenue ;
Projets séducteurs,
Rêves enchanteurs, Ca diminue !
Pour les orgueilleux,
Pour les envieux, L'existence est pleine d'alarmes;
Puisant mon bonheur
Dans la bonne humeur, La vie a pour moi bien des charmes.
Mon plus gros ennui
Est bien, aujourd'hui, De voir la vieillesse venue;
Je dis en comptant
Les jours me restant :
Ca diminue !