LA NACELLE
Que ta main nous guide , Nocher trop prudent.
Ramons en fendant Ce courant rapide :
Nous voulons revoir La rive lointaine Où fut notre peine , Où fut notre espoir.
Vogue , ma nacelle !
Remontons le cours
De nos ans, ma belle, Et de nos amours.
Les fleurs que tu sèmes , Nous les enfermions Quand nous nous aimions , L*ig^norant nous-mêmes.
Ah ! qu'ils étaient doux , Les jours d'innocence, Les jours de l'enfance , Qui sont loin de nous !
Vogue, ma nacelle!
Remontons le cours De nos ans , ma belle , Et de nos amours.
Puis , nous épelâmes Le doux nom d'amour, Qui devait un jour Mêler nos deux âmes.
Rien que pour te voir Je trompais mon père ; Tu trompais ta mère Pour me recevoir.
Vogue, ma nacelle! .
Remontons le cours De nos ans , ma belle , Et de nos amours.
Combien de prudence Que de soins gardes !
Nous e'tions guidés Par notre ignorance.
A quoi m'ont seni Mes vingt ans fidèles?
L'Amour a des ailes, Et tu l'as suivi.
Vogue , ma nacelle !
Remontons le cours De nos ans , ma belle , Et de nos amours.
Ton bras se fatigue , Impiiident nocher ; Tu ne peux toucher L'ëcumeuse digue.
Livre aux flots conftis Ta rame lassée ; La rive passée Ne s'aborde plus.
Vogue , ma nacelle !
Descendons le cours De nos ans , ma belle , Et de nos amours.