‹ ChansonsChapitre 183 sur 201 · LE PORTRAIT DE TOINOX · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT DE TOINOX

Voici le portrait fidèle

De celle Qui prendra, j'en ai bien peur,

Mon cœur.

C'est la fille la plus blonde

Du monde.

Voulez-vous savoir son nom?

Toinon.

Sa chevelure indocile

Oscille Gomme le seigle mouvant .

Au vent.

Son nez plein de hardiesse

Se dresse.

Elle a des petits yeux gris

Souris y Av€C un reflet étrange

D'orange , Où se glisse un rayon pur

D'azur.

Ses lèvres semblent deux fraises

Fort aises De voir les perles qui sont

Au fond ; Et deux petites fossettes

Sont prêtes A rire au premier bon mot

D'un sot.

Sur sa peau limpide éclate

L'agate, Et y sous les tissus discords,

Son corps Souple comme un cou de cygne

S'indigne De l'étreinte des corsets

Français.

Elle a des pieds ridicules ;/ Ses mules

Chausseraient au plus deux doigts

Chinois , Et quand sa n^ain élégante

Se gante , On la pourrait d'un baiser

Toiser.

Elle est bien la plus mignonne

Personne Et l'esprit le plus étroit

Qui soit.

Elle n'a pas deux idées

Soudées Dans son tout petit cerveau

D'oiseau.

Elle n'a jamais pu suivre

Un livre Jusqu'au troisième feuillet

Complet.

Travailler, comme la pluie,

L'ennuie; Réfléchir, pas ne le peut

Qui veut.

Entreprend-elle un ouvrage?

Courage !

Vos doigts sont de si gentils

Outils !

Mais, crac! son aiguille lasse

Se casse , Ou son petit dé d'enfant

Se fend.

Elle ne fait rien qui vaille

Et bâille, En arrangeant, le matin,

Son teint, Et puis , comme une alouette ,

Caquette , Quand on est dans son boudoir.

Le soir.

Elle dit des fariboles

Si folles , Qu'on les répète parfois

Au bois; Mais elle en rit la première ,

Bien fière De montrer ses dents et ses

Succès.

Elle pleure une romance

Immense , Rien que pour montrer qu'elle a

Le la.

Elle crie un air à boire,

Histoire De faire apprécier, chut!

Son ut!

Bref, elle est inimitable

A table; Mais si jamais , quelque jour,

L'amour Entrait chez cette poupée

Drapée

Jtô8 GUSTAVE NADAUD.

Dans des flots de falbalas Lilas ,

Adieu, rire, chansonnettes,

Fossettes , Cheveux , propos et regards

Épars !

Voyez-vous cette amoureuse

Pleureuse , Qui n'eut jamais de chagrin

Un grain !

Sa naïvetë frivole

S'envole ; Le coloris de son teint

S'éteint; Elle n'est plus qu'une bonne

Personne. • Eh bien, malgré tout cela.

Voilà....

Voilà le portrait fidèle

De celle Qui prendra, j'en ai bien peur,

Mpn cœur.

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