LE RENDEZ-VOUS
Le matin de sa fratche baleine Parfume les monts et la plaine ;
Je pars leste et joyeux.
Où je vais, faut-il vous le dire?
Je vais.... tous ceux qui savent lire Le liront dans mes yeux.
Oui , buissons qui bordez la route , Et d'où s*ëpanche goutte à goutte
L'humidité des nuits; Oui , fleurs avides de lumière , Ruisseau qui cours à la rivière , «Soleil qui me conduis ,
Humble mousse et chêne superbe, Insectes de l'air et de l'herbe y
Ne devinez-vous pas , Gais pinsons fêtant la verdure , Joie ou larmes de la nature ,
Qu'on nous attend là-bas?
L'amour est dans l'air que j'aspire; Il est bien mieux dans son sourire ,
Dans ses cheveux flottants.
Vingt fois j'ai compté la distance; Je n'ai que deux heures d'avance ;
Arriverai-je à temps?
O mon cœur, tâchez de vous taire :
Le voici , le bois solitaire
Où doucement je vais.
Elle ne peut encor m'attendre....
Est-ce une erreur? je crois entendre —
C'est toi!... Je le savais.
Je te sens expirer et vivre ; Entre mes bras tu tombes ivre D'amoiu*euse langueur.
Ul) GUSTAVE NADAUD.
Restons unis dans cette fièvre , La lèvre parlant à la lèvre , Et le cœur sur le cœur !
Que dis-tu? Quoi? L'heure s'achève?
Partir! Mais c'était donc un rêve?
Déjà tu disparais?
Tu ne parles plus.... je t'écoute, Kt tout seul je reprends ma route.
Courts plaisirs, longs reg^rets!
Le corps s'en va, l'àme demeure; La part qui reste est la meilleure :
Elle n'est plus à moi.
Dans mon exil comment vivrai-je? Que l'heure trop lente s'abrège!
Deux jours, deux jours sans toi !
Temps jaloux , faudra-t-il sans cesse Qu'on se plaigne de ta vitesse
Dans la prospérité?
0 vieillard, agite ton aile; Je vais vivre deux jours loin d'elle.
Deux jours , l'éternité !