AU BOIS JOLY
A Hippolytt et Anatole Lionnet.
Au bois joly, On s'en va cueillir la noisette, Et l'on y prend de l'amourette.
Le chemin creux est si petit,
Au bois joly !
Au bois joly, En arrivant sous les feuillées, Les filles sont comme endiablées.
Avec Suzon je suis ally,
Au bois joly !
Au bois joly, Un entend plus le bruit des lèvres (Jue le carillon de nos chèvres.
Tous les buissons cachent un nid.
Au bois joly !
Au bois joly, On voit plus de cornettes blanches Que de rossignols sur les branches.
Ça sent si bon, c'est si gentil,
Au bois joly !
Au bois joly, L'herbe est douce et les fleurs sont belles, L'amour embrouille les cervelles.
Tout vous enflamme et vous sourit,
Au bois joly !
Au bois joly, Je veux dire à Suzon, ma mie, Qu'il faut nous aimer pour la vie, Puisque notre amour a fleuri.
Au bois joly !
Cueilly, 1865.
Musique d'Aristide Mignard. — Éditeur : M. Heugel et C'o, 2 bis, rue Vivienno, Paris.
UÂN&ELUS
A!ipc:ntyc J.-F. Millet.
Forçats de la mine et mangeurs de terre, Serfs de l'atelier, frères de misère, Je vais vous conter, sans parler latin, Ce que l'angelus nous dit le matin.
Qu'il pleuve ou qu'il gèle,
Lève-toi bétail,
Quitte ta femelle
Et cours au travail.
Le maître a le droit de faire son somme, Il a des écus et tu n'en a pas.
Mais Dieu qui te guide et qui t'a fait homme, Pour gagner ton pain t'a donné des bras!
Forçats de la mine et mangeurs de terre, Serfs de l'atelier, frères de misère, Je vais vous conter, sans parler latin. Ce que l'angelus nous dit le matin.
Debout dans la ferme, Courez au labour.
Et travaillez ferme Tout le long du jour.
Ne gémissez pas si la lâche est lourde, Si la terre est basse et n'est pas à vous : Allez au ruisseau remplir votre gourde Et bénissez Dieu qui veille sur nous!
Forçats de la mine et mangeurs de terre, Serfs de l'atelier, frères de misère, Je vais vous conter, sans parler latin, Ce que l'angelus nous dit le matin.
Homme de la mine,
Saule à bas du lit,
Homme de l'usine,
Reprends ton outil.
Travaillez sans haine, honorez vos maîtres! Si peinant beaucoup vous n'amassez rien, Soyez siirs qu'au ciel, où vont tous les êtres, Dieu vous gardera votre part de bien !
Forçats de la mine et mangeurs de terre. Serfs de l'atelier, frères de misère, Je vais vous conter, sans parler latin, Ce que l'angelus nous dit le matin.
0 vous, les minables, Les chercheurs de pain, Et vous, pauvres diables Qui pleurez la faim.
Mères allaitant, les mamelles vides, Filles au teint blême et vieillards perclus, Suivez, d'ici-bas, les sentiers arides.
Agenouillez-vous et priez Jésus!
— iilU —
Forçats de la mine et mangeurs de terre, Serfs de l'atelier, frères de misère, Disons tous ensemble : Amen au latin!
Assez d angélus, sonnons le tocsin !
Paris-Montmartre, 1884.
Éditeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.
Je ne connais rien de plus lugubre que le tintement monotone de l'angelus le matin 1
Comme il dit bien aux uns : Misère, servitude, résignation.
Comme il dit bien aux autres : soyez heureux et dormez en paix! On travaille pour vous.
Comme la cloche de l'angelus est bien la digne sœur de la cloche de l'usine et de l'atelier!
Depuis quelles existent, ces bavardes tapageuses qu'on a toujours poétisées n'ont cessé d'être les complices des ennemis de la raison, du progrès, de la justice et de la liberté.
Les cloj.i ;s n'ont sonné pour le peuple que dans los grands jours : c'est qu'alors il sonnait lui-même !