RÉCIT DE BIVOUAC
AJ. Perrin.
Il eut pour mère Marting-alle, Blessée à mort au champ d'honneur; Son père était un vieux vainqueur,
Dont l'habit à longs poils fut troué par la ba'1 3.
Sa mère, en vieux soldat qui connaît son métier, Nous déposa le camarade Dans un bonnet de grenadier, Au milieu d'une fusillade.
Ran plan!
N'est-c' pas, tapin.
Que l'Obus, c'était un lapin?
Ran plan, Au champ !
Il valait bien un roulement, L'Obus, le chien du régiment.
Ran plan !
Chut!..
Ce n'est rien : c'est le sergent qui tousse comme les habillés cic soie de chez nous
C'est Fonlalard-la-Gicatrice
Qui se chargea d'en faire un gas,
Et le petit ne mentit pas :
A dix mois et cinq jours, il faisait l'exercice.
Le soir, on l'envoyait rôder aux alentours Pour n'en pas perdre la coutume; Et le gaillard trouvait toujours Où l'ennemi mettait sa plume.
Ran plan !
N'est-c' pas, tapin, Que l'Obus, c'était un lapin? etc.
Rion, c"cst Dur-à-cuire qui r'vient de la maraude. Paon' de Russe ! il ea a plein son sac.
Il mangeait bien un peu nos bottes, Quand par hasard on en avait; Bah! l'Anglais nous dédommageait :
Il essuyait ses crocs sur leurs fonds de culottes.
Mais quand il faisait chaud comme dans un brasier Et qu'on se taillait des doublures, L'Obus n'était plus rancunier :
Il léchait toutes les blessures.
Ran plan !
N'est-c' pas, tapin, Que l'Obus, c'était un lapin? etc.
Rien, c'est des blessés qu'on porte à l'ambulance : quéqus clampins qui n'savcnt pas avaler un' prune sans s'trouvcr mal. . .
C'est le jour d'une grande afTairo Que Fontalard le baptisa :
L'Obus, du lalin, mords-moi ça!
Et du grec, as pas peur, c'est le fds de son père.
Quand dans la fusillade on gagnait le gros lot, Qui n"a pas vu l'Obus en tète, Toujours le premier à l'assaut Et le dernier à la retraite?
Ran plan 1 N'est-c' pas, tapin, Que l'Obus, c'était un lapin? etc.
Attention 1 C'est 1' général qui passe. Il a r'gardc les anciens d'cotc. C'est bon, ça chauff'ra d'main.
L'Obus avait, dans la mêlée.
Sauvé cinq ou six camaros.
Pris des poules et des drapeaux:
11 avait eu la peau deux ou trois fois trouée.
Tous, jusqu'au général, connaissaient ses exploits. Et ses coups de crocs à la guerre ; Et l'Obus n'avait pas la croix.
Quand tant de gens l'ont à rien faire !
Ran plan !
N'est-c' pas, tapin, Que l'Obus, c'était un lapin ? etc.
Rien, c'est 1' blanc-bec de colonel qui fait sa ronde. Ça sent la pommade à quinze pas! Qu'on brùlc du sucre !
C'était un crâne et joli mâle,
Moitié barbet, moitié griffon,
Aux poils bronzés comme un canon,
Digne enfin de son père et de la Martingalle.
Homme ou chien, tôt ou tard, faut payer son écot L'Obus s'est fait graisser les bottes Dans les plaines de Marengo, Avec bien d'autres sans-culottes.
Ran plan !
N est-c' pas tapin Que l'Obus, c'était un lapin?
Ran plan.
Au champ !
Il valait bien un roulement, L'Obus, le chien du régiment.
Ran plan !
Salut!
Paris-Montmartre, 186. . .
Musique de Darcier. — Éditeur : M. Labbé, 20, rue du Croissant, Paris.