LE PLANT D'AMOUR
V"là pas longtemps d'çà,
La Pi'-rinp Faisait triste mine,
Lon Ion la.
Mais l'amour poussa,
Et P.rine Reprit belle mine...
Et voilà!
A Ccrau/t Richard.
Le sorcier de la Gavotle, S'en allant au point du jour, A semé du plant d'amour,
0 guél A semé du plant d'amour.
Il en avait plein sa hotte, Il en a semé trois fois Sur la route et dans les bois,
0 gué !
Il en a semé trois fois.
Avec la blanche aubépine ICt le nid de l'oiselet.
Aussi tlru que le genêt, 0 gué !
Aussi dru que le genêt, Le plant il a pris racine, Aux racines sont venus Des bouquets blancs et touffus,
0 guo !
Aux racines sont venus.
Au temps des rouges cerises.
Aux bouquets blancs et touffus.
Des fruits nouveaux sont venus,
0 gué!
Des fruits nouveaux sont venus.
Les promis et les promises, Pour manger des fruits nouveaux, Sont allés dans les bouleaux,
0 gué !
Pour manger des fruits nouveaux,
Avec les gars et les filles,
Le rossignolet chanta,
Des fruits nouveaux on goûta,
Des fruits nouveaux on goûta.
Ainsi que dans les charmilles, Sur la route où l'on passait.
Tout le monde s'embrassait,
0 gué!
Sur la route où l'on passait.
Périne y fut la première.
Elle y fit bien des détours.
Et n'en sortit de trois jours,
0 gué !
Et n'en sortit de trois jours.
Avec le goulu Jean Pierre, Périne en a tant croqué, Que sa cotte en a craqué,
0 gué !
Que sa cotte en a craqué.
Plougastel, 186..
Air breton reciioilli. — Editeur : M. Labbé, 20, rue du Croissant, Paris.
PAYSAM PAYSAN!
A Tnny Rcvillon.
Paysan ! Paysan!
Pour tant de fatigue et de peine, Que mtîts-tu dans ton bas de laine,
Bon an, mal an.
Au bout de l'an?
Paysan ! aussitôt le jour,
La terre t'appelle au labour.
Sans geindre tu vas à l'ouvrage,
Que le temps soit mauvais ou beau.
Le soleil te brûle la peau,
Le froid te mord en plein visage.
Paysan! Paysan !
Pour tant de fatigue et de peine, Que mets-tu dans ton bas de laine.
Bon an, mal an,
Au bout de l'an ?
Paysan! toujours au travail.
Après les champs, c'est le bétail :
— Mi —
Vite ii faut faire la litière.
Donner l'herbe et le picotin, Gaver les porcs, brosser Martin, Puis c'est les vaches qu'il faut traire.
Paysan ! Paysan !
Pour tant de fatigue et de peine.
Que mets-tu dans ton bas de laine,
Bon an, mal an,
Au bout de l'an?
Paysan ! voici la moisson,
Coupe des blés et fenaison !
En automne, c'est la vendange
Et de la besogne à pleins bras.
On mange mal, on ne dort pas.
Et tout l'hiver faut battre en grange.
Paysan ! Paysan !
Pour tant de fatigue et de peine, Qne mets-tu dans ton bas de laine.
Bon an, mal an,
Au bout de l'an?
Paysan ! es-tu bien certain.
Quand va venir la Saint-Martin, De pourvoir aux frais de l'année?..
N'as-tu pas peur qu'un Harpagon Ne t'expulse de la maison Où toute ta famille est née?
Paysan ! Paysan !
Pour tant de fatigue et de peine, Que mets-tu dans ton bas de laine,
Bon an, mal an,
Au bout de ]'an?
Paysan ! tu n"es sûr de rien.
Les usuriers guettent ton bien ; Il a grêlé, c'est mauvais signe !
Demain, vaches, chevaux, ànon, Peuvent tous mourir du charbon...
Un insecte a rongé ta vigne!
Paysan! Paysan!
Pour tant de fatigue et de peine, Que mets-tu dans ton bas de laine.
Bon an, mal an,
Au bout de l'an ?
Paysan ! tu baisses le dos Sans espérance et sans repos, Depuis janvier jusqu'en décembre ; Et tout courbé sur tes genoux, Sec comme une branche de houx, Tu meurs perclus de chaque membre.
Paysan ! Paysan!
Pour tant de fatigue et de peine.
Que mets-tu dans ton bas de laine,
Bon an, mal an.
Au bout de l'an?
Paysan ! un peu d'union :
La grande Révolution A voulu que tu sois un homme.
Si l'on veut encore une fois Te traiter comme au temps des rois, Réveille-toi, Jacques Bonhomme!
Paysan ! Paysan !
Pour tant de fatigue et de peine, Que mets-tu dans ton bas de laine,
Bon an, mal an,
Au bout de l'an?
Paysan ! songe à l'avenir, Le vieux monde est près de finir.
Si tous ceux qui piochent la terre Donnaient la main aux artisans, Nous pourrions voir avant dix ans La République égalitaire!
Paysan! Paysan!
Pour tant de fatigue et de peine.
Que mets-tu dans ton bas de laine,
Bon an, mal an,
Au bout de l'an?
Paris-Montmartre, 1867.
Éditeur : M. Bnsscreau, 240, rue Saint -Martin, Pari
MÀM'ZELU ROSE
.■i L. Ponliii />crc.
Aussi vrai que j' m'appell' Poinchoux, Entre nous, Micloux, Mam'zeir Rose, Eh ben, vrai, c'est un' pas grand'chose!
Elle est co'mm" nous des paysans, Et quand on s' sent un peu d'courag-e. On n'doit pas connaîtr' d'autre ouvrage Que d'soigncr sa vigne et ses champs.
On a beau m'dir" qu'elle est fluelte Et qu'elle a d'I'ordre et du bon ton.
Qu'elle est ben douce, ben proprette, Et qu'a soign' ben son pèr' Simon ; Mais moi, j'aim' mieux un coup d'binette, Qu'cent coups d'balai dans la maison!
Aussi vrai que j' m'appell' Poinchoux, Entre nous, etc.
Quand elle a tout rangé chez eux, Qu'elle est pincée et bichonnée,
Mam'zeir s'en va faire sa tournée
Et soulager les malheureux;
A fil' pour eux la s'maine entière,
Leux taiir des rob's pour leux enfants,
Leux donn' du bois, des pomm's de terre,
De la tisane et des vôt'ments;
Ça fait qu l'argent que gagn' son père
Sert à nourrir des fainéants !
Aussi vrai que j' m'appell' Poinchoux, Entre nous, etc.
J' veux ben qu'on aim' les animaux.
Mais faut pourtant pas qu'ça nous gruge ;
Et leux maison, c'est le refuge
Des chiens, des chats et des oiseaux.
Les malheureux puis'nt dans leux grange,
Les animaux dévor'nt leux bien ;
Aussi l'on dit : c'est un p'tit ange,
Et r pèr' Simon un bon chrétien.
Tout ça, c'est beau, mais tout ça mange,
Et v'ià tout, ça n' rapporte rien!
Aussi vrai que j' m'appell' Poinchoux, Entre nous, etc.
Nous deux, Micloux, j'avons d' l'argent Et les plus bell's ferm's du village; Je Tons d'mandoe en mariage, Et j'ons été r'fusés nett'ment.
Ah dam! nous, j'sentons l'écurie,
J' somm's des croquants et des lourdauds;
Elle aim' ben mieux ITiIs à Julie,
Il est pâle et sait d' jolis mots !
Eh ben, c'est bon, qu'on les marie,
Y n' manqu' pas d' fiU's dans nos hameaux!
Aussi vrai que j'mappell' Poinchoux,
Entre nous, Micloux,
Mam'zeir Rose, Eh ben, vrai, c'est un' pas grand' chose !
Rosny-sous-Bois. 1866.
Musique de Darcier. — Éditeur : M. Labbé, 20, rue du Croissant, Paris.