‹ ChansonsChapitre 96 sur 105 · JEAN RAT · texte numérisé non relu

JEAN RAT

A E. Mathon.

Un chapeau gris de l'an quarante, Une veste en peau de mouton, Un brin de culotte indécente.

Nouée aux flancs par un cordon ; Les pieds fourrés dans des galoches Qui tiennent par des fils de fer...

Les bras pendants, le nez en l'air ; Rien dans les mains, rien dans les poches. Voilà Jean Rat.

Vivant d'un os ou d'une croûte.

Il va tout droit et n'importe où.

Flânant le jour sur la grand'route, Dormant le soir dans quelque trou ; Les nuits d'hiver tendant sa voile Sur le fumier d'un maraîcher, Les nuits d'été, sur le plancher, A l'hôtel de la belle étoile...

Voilà Jean Rat.

On ne saurait dire son âge :

Il a soixante ou cent-vingt ans.

Est-ce un coquin de bas étage, Un freluquet de l'ancien temps?

Est-ce le vice ou la bêtise, Est-ce un philosophe, un rêveur?

Je ne suis pas son confesseur, Que voulez-vous que je vous dise.

Voilà Jean Rat.

Cueilly, 1881.

Éditeur : M. Bassereau, 240, rue Saint-Martin, Paris.

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