LE PRÉ VAUT -IL LA FAUGHURE
Air : Vaudeville d’ Angélique et Melcourt.
C’est bien de cultiver son champ,
Car chacun doit se rendre utile ;
Mais avant tout il faut pourtant Faire choix d’un terrain fertile.
Pour avoir de rich^ moissons.
Sachons consulter la nature, *
Et demandons-nous sans façon ,
Le pré vaut-il la fauchure ?
Vous qui dans le sacré vallon Venez pour récolter encore,
Songez que les fils d’Apollon Moissonnaient avant votre aurore.
Maintenant du clos des neuf sœurs Les chardons seuls font la parure :
Qu’en pensez-vous, jeunes auteurs?
Le pré vaut-il la fauchure ?
Vous qui dans les champs de l’hymen Croyez voir une terre neuve;
Qui la prenez sans examen ,
Et la cultivez sans épreuve ,
Vous récoltez; mais avant vous Un autre avait fait la culture.
Qu’en pensez-vous, jeunes époux?
Le pré vaut-il la fauchure?
Anglais qui sous vos étendards Voulez enchaîner la victoire ,
Et qui croyez au champ tic Mars Faire une ample moisson de gloire , Le plus modeste des lauriers Vous coûte plus d’une blessure...
Qu’en pensez-vous, braves guerriers ?
Le pré vaut-il la fauchure ?
Et vous que dans les champs d’amour Le charme du plaisir entraîne;
Vous qui croyez, la nuit, le jour, Moissonner des roses sans peine ; Souvent à ces buissons charmans On se fait mainte égratignure :
Qu’en pensez-vous , jeunes amans ?
Le pré vaut-il la fauchure?
De son mieux chacun ici-bas Cultive le champ de la vie;
Mais sur ce sol ingrat, hélas! »
Notre attente n’est pas remplie :
On y trouve bien des soucis;
C’est la récolte la plus sûre.
Qu’en pensez -vous, mes bons amis?
Le pré vaut-il la fauchure?