QUI DORT DINE
Air: Rendez-moi mon écuelle de bois,
D Épi curé disciples chéris ,
Vous qui narguez la gloire,
Et qui tous pour devise avez pris :
Bien manger et bien boire;
Par maint refrain bachique et gourmand Proclamez cette heureuse doctrine.
Moi, dont le sommeil est 1 élément,
Je chante : qui dort dj.nc.
Epiménide dormit cent ans Dans une paix profonde,
Puis, gros et gras au bout de çe temps, Reparut dans le monde.
Mes amis un exemple aussi fort A bien assez de poids, j’imagine ,
Pour vous prouver que je n’ai pas tort Quand je dis : qui dort dîne.
Soutirac , à jeun , entre un matin ,
Chez un apothicaire.
« Monsieur, lui dit-il, je meurs de faim.
Et je né dors plus guère:
Daignez mé prêter, pour assouvir
Lé besoin cruel qui mé lutine,
Dé quoi dîner ou dé quoi dormir, Puisqu’enfin qui dort dîne. »
Hier Damon vint me lire à midi,
Des vers qui m’assommèrent;
Il n’avait pas encore fini ,
Quand six heures sonnèrent.
« AhI me dit-il, je touche à la fin;
Souffrez, de grâce, que je termine;
Si cependant vous aviez trop faim?... »
— Non, mon cher, qui dort dîne.
Pénétré de ce mot plein d’appas,
Libitinc infernale,
Pour moi tu peux quand tu le voudras Sonner l’heure fatale;
Je ferai mes adieux aux amours.
Mais jamais, jamais à la cuisine;
Et prêt à m’endormir pour toujours, Je crierai : qui dort dîne!
Déjà la nuit sur notre festin ,
A répandu ses voiles :
Mais c’est peu d’avoir vu, verre en main, Se lever les étoiles;
A Cornus, amis, livrons encor Les instans qu’à Morphée on destine.
On peut bien dire : qui dîne dort, Puisqu’on dit : qui dort dîne.