‹ ChansonsChapitre 23 sur 55 · QUI DORT DINE · texte numérisé non relu

QUI DORT DINE

Air: Rendez-moi mon écuelle de bois,

D Épi curé disciples chéris ,

Vous qui narguez la gloire,

Et qui tous pour devise avez pris :

Bien manger et bien boire;

Par maint refrain bachique et gourmand Proclamez cette heureuse doctrine.

Moi, dont le sommeil est 1 élément,

Je chante : qui dort dj.nc.

Epiménide dormit cent ans Dans une paix profonde,

Puis, gros et gras au bout de çe temps, Reparut dans le monde.

Mes amis un exemple aussi fort A bien assez de poids, j’imagine ,

Pour vous prouver que je n’ai pas tort Quand je dis : qui dort dîne.

Soutirac , à jeun , entre un matin ,

Chez un apothicaire.

« Monsieur, lui dit-il, je meurs de faim.

Et je né dors plus guère:

Daignez mé prêter, pour assouvir

Lé besoin cruel qui mé lutine,

Dé quoi dîner ou dé quoi dormir, Puisqu’enfin qui dort dîne. »

Hier Damon vint me lire à midi,

Des vers qui m’assommèrent;

Il n’avait pas encore fini ,

Quand six heures sonnèrent.

« AhI me dit-il, je touche à la fin;

Souffrez, de grâce, que je termine;

Si cependant vous aviez trop faim?... »

— Non, mon cher, qui dort dîne.

Pénétré de ce mot plein d’appas,

Libitinc infernale,

Pour moi tu peux quand tu le voudras Sonner l’heure fatale;

Je ferai mes adieux aux amours.

Mais jamais, jamais à la cuisine;

Et prêt à m’endormir pour toujours, Je crierai : qui dort dîne!

Déjà la nuit sur notre festin ,

A répandu ses voiles :

Mais c’est peu d’avoir vu, verre en main, Se lever les étoiles;

A Cornus, amis, livrons encor Les instans qu’à Morphée on destine.

On peut bien dire : qui dîne dort, Puisqu’on dit : qui dort dîne.

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