LA TEMPETE
Air : Du pas redoublé. ..
Nargue d’un temps calme et serein, Et d’un ciel sans nuages :
Le philosophe et le marin Craignent peu |es orages.
Comme eux , dans les plus tristes jours , Moi, gaîment je répète :
Rions; car le beau temps toujours Vient après la tempête.
J’aime le bruit majestueux Les éclats du tonnerre ;
J’aime à voir ses rapides feux
Enflammer l’atmosphère.
Sur l’orgueilleux palais des rois Si la foudre s’arrête ,
Du pauvre elle épargne les toits :
Je brave la tempête.
Le vaisseau de l’état souvent •
Fut battu par Forage;
Mais, grâces au ciel, un bon vent Le sauva du naufrage.
A franchir un faible détroit Maintenant il s’apprête;
Guidé par un pilote adroit ,
Il brave la tempête.
Conduisant un jour à Paphos Une belle craintive ,
L’orage souleva les flots ;
Mais je voyais la rive ,
Et, jetant l’ancre promptement,
Je calmai la fillette,
Puis je mouillai tranquillement Au sein de la tempête.
Il me faudra bien faire un jour Un plus triste voyage :
Je dois m’embarquer à mon tour Pour le sombre rivage.
Quelque temps qu’il fasse là-bas.
J’y saurai faire tête :
Je ne craindrai plus le trépas ,
Si je crains la tempête.
Vous le savez, mes bons amis, Les muses sont fantasques :
Peut-être vous ai-je endormis En chantant des bourrasques.
Je crains d’avoir fait peu de bruit, Quoique le sujet prête :
Heureux si des éclairs d’esprit
Brillent dans ma tempête !