MA CONFESSION
Air : J’aime la force dans le vin*
Bien fou, dans ce siècle pervers.
Qui cherche à corriger les hommes !
Rions plutôt de nos travers ,
Et souffrons-nous comme pops sommes.
Faut-il qu’ici-bas maux et biens Soient des semences de discorde ?
J’ai mes défauts , chacun les siens :
A tout péché miséricorde. (bis.)
Quelquefois on m’a reproché D’être enclin à la gourmandise ,
Et, j’en conviens, c’est un péché;
Mais faut-il tant qu’on en mé,dise?
Dussé-je manger aujourd’hui Tout le bien que le sort m’accorde ,
Un fat mange celui d’autrui :
A tout péché miséricorde.- (bis.)
J’accuse encore un peu d’orgueil;
Mais , dans l’état qui m’a vu naître ,
Je vois toupies biens du même œil,
Et je suis fier de ne rien être.
Certains sont fiers de ce qu’ils ont ,
Eh bien ! qu’ils nous montrent la corde ; D’autres sont fiers de ee qu’ils font :
A tout péché miséricÔrde. [bis.)
L’envie agite aussi mon cœur :
Bon Panard, quand je veux te lire.
Tes vers heureux , ta bonne humeur, M’inspirent un jaloux délire.
Si je fais des vœux indiscrets, ■
De vils rimailleurs une horde Te pille bons mots et couplets :
A tout péché miséricorde. • [bis.)
Comme on s’ouvre avec la clef d’or La cour, les palais et l’office,
Amis, je le confesse encor,
Je suis porté pour l’avarice;
Mais si j’amasse un peu de* bien ,
Qu’un jour au Tartare j’aborde ,
Mes cousins en deuil riront bien :
A tout péché miséricorde; (bis.)
Lorsqu’on m’attaque, un vieux penchant.
Soudain m’excite à la colère;
N’ai-je pas droit d’être méchant Quand un critique est trop sévère ?
Mes ouvrages sont faibles ; mais Tel qui me siffle dès l’exorde Peut en faire de plus mauvais :
A tout péché miséricorde.*- (bis.)
La paresse me tient souvent ,
Le moindre travail m’importune ;
Et si le bien vient en dormant,
J’espère un jour faire fortune.
Mais pour parvenir à mon tour,
Veut-on que mon esprit se torde?
Je montre les riches du jour :
A tout péché miséricorde. (bis.)
Faut-il de mes péchés d’amour Qu’ici je vous donne la liste ?
Je ne pécherai pas toujours ,
( ao )
Et voilà tout ce qui m’attriste.
De ce système de plaisir Il faudra bien que je démorde ;
Ma femme un jour doit m’en punir A tout péché miséricorde.
Pour mes péchés, mes bons amis, Si je mérite qu’on me tance ,
De bien bon cœur je suis soumis A la plus longue pénitence.
Pendant cent ans , pour être absous Qu’à table je pinte et je morde; Mais quand je tomberai dessous :
A tout péché miséricorde.