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LE LÉTHÉ

Air : Vaudeville du Rémouleur et la Meunière. * •

L e Temps , nocher infatigable Du triste fleuve de l’Oubli ,

Un jour l’a rendu navigable ,

Et sur ses eaux s’est établi.

Dans sa nacelle , quoi qu’il fasse Pour tout surprendre dans ses rets , Sans cesse il passe , passe , passe :

L’Amitié ne passe jamais.

Sur les grâces, sur la jeunesse,

Le Temps aime à lever sa faux ,

Et, victimes de son adresse,

Du fleuve elles suivent les eafx.

Bientôt dans sa barque il entasse Ces roses brillantes d’attraits.

Ainsi la Beauté passe , passe ;

L’Amitié ne passe jamais.

Sur un gazon jonché de roses , Qu’effeuilla la main des désirs , Cupidon , les paupières closes.

Dormait, bercé par les plaisirs;

Le Temps le surprend , le terrasse , Et lui dérobe tous ses traits.

Dans son bac l’Amour passe, passe ; L’Amitié ne passe jamais.

v -te

Souvent l’aveugle aventurière Qui règle le sort dés humains ,

A peine a rempli sa carrière,

Que l’intrigue lui prend lès mains.

Le Temps dans son bachot la place ; Mais l’intrigue se couche auprès.

La Fortune ainsi passe , passe ; L’Amitié ne passe jamais.

La Mode, fille du Caprice,

Voulant un jour passer le Temps, Dans son frêle bateau se glisse,

Et s’abandonne à tous les ‘vents :

En vain il la frappe , il la chasse , Elle revient sous d’autres traits.

Ainsi la Mode passe, passe;

L’Amitié ne passe jamais.

Si toujours l’Amitié résiste Aux coups multipliés du sort,

Notre destin n’a rien de triste :

Le Temps gaîmcnt nous mène au port ; Et du sage en suivant la trace,

On songe aux heureux tni’oi^a faits.

Quand la vie ainsi passe , passe , L’amitié ne passe jamais.

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