‹ ChansonsChapitre 43 sur 55 · LES TROUS · texte numérisé non relu

LES TROUS

Air : Da Vaudeville du Ballet des Pierrots.

U n prélat, qu’à bon droit on vante, Jadis à la cour d’un grand roi ,

Sur une lyre pl«s savante A chanté les trous avant moi :

Quoique ce sujet soit immense,

Bernis l’a pris par bien des bouts , Mais je crois que son Éminence j N’a pas épuisé tous les trous. j

Les trous sont dignes de louange ;

On sent leur prix à chaque instant:

Par leur secours on boit, on mange, On voit , on parle , et l’on entend : Jolis appas , chansons légères ,

Mets succulents, heureux glouglous,

B ruyans plaisirs, tendjps mystères, Tout serait perdu sans les trous.

Les trous doivent plaire à la ronde :

Tel jadis était bas percé ,

Qui fut , en perçant dans le monde , Au faîte des honneurs placé;

Mais de sa rapide fortune Je suis bien loin d’être jaloux:

Sans les trous qu’il Ht à la lune,

Ses habits auraient bien des trous.

Un jour l’ambition m’enflamme,

Je veux parvenir à mon tour;

Arrête donc, me dit ma femme,

On est chez soi mieux qu’à la cour:

De son obscurité profonde Qui cherche à sortir est bien fou ;

Pour être heureux dans ce bas monde, Mon ami , reste dans ton trou.

Maître Adam , ce roi des bons drilles , Eut pour Parnasse un cabaret;

U fit ses joyeuses chevilles ,

Armé d’un verre et d’un foret;

Assis sous de fraîches tonnelles ,

Buvant jusqu’à son dernier sou,

Il voulut , narguant les pucelles , Que chaque cheville eût son trou.

Qu’on se distingue ou qu’on s’élève, Par la fortune ou le talent,

Les honneurs passent comme un rêve; Le temps frappe faible et puissant;

Et le grand seigneur, et ses pages,

Et l’honnête homme, et le filou,

Et pauvre et riche, et fous et sages, Vont dormir dans le même trou.

Après tout, vogue la galère!

Moi, loin de me plaindre du sort,

Je veux, sablant Beaune et Madère, Faire bombance jusqu’au port.

Un jour il faudra jeter l’ancre Pour aborder je ne sais où....

Je vivrai là-bas comme un cancre;

Je veux boire ici comme un trou.

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