LES INCONVÉNIENTS DU MARIAGE
Air :
Comm’ pècheux cTla Guernouillère Moi qui sais l’fin du métier ,
L’ mariage me semble un’ rivière Où c’ que j’ craignons de m^noyer.
D’prudence en vain //on redouble ,
Dès qu’on y jette l’ham’çon ,
Un chacun pèche dans c’ t’ eau trouble Plus d’ fretin que d’ bon poisson.
Z’en dépit de la consigne Et du garde marinier,
Suis-j’ malheureux à la ligj^,
J’ donnons un coup d’épervrer;
Mais, dès qü’on s’ met en ménage,
Le guignon t#>us suit partout :
Gn’y a de r’ssource dans l’ mariage Que les filets... de Saint-Cloud.
N’est-il pas vrai qu’ chaque tille Vous a l’z’allur’s d’un poisson ?
L’un’ frétilF comme un anguille , L’autr’ rougit comme un saumon ;
St’ ell’ - ci , comme une carpe js’ pâme ; Comme un brochet, c’t’aut’ gob’ tout; Si bien que s’ choisir un’ femme C' n’est qu’ faire un’ pêche à son goût.
Quand le poisson que j’amorce N’ me paraît ni bon ni beau,
Sans procès et sans divorce J’ le r’ jetons bien vite à l’eau.
C’ que l’hymen prend dans sa nasse , Qu’on l’ trouve mauvais ou bon ,
Quoi qu’on dise ou quoi qu’on fasse ;
Il faut avaler l’ goujon.
Quand je m’ connaîtrai z’en f nielle Comme en poisson je m’ connais,
Pour la pêch’ d’un’ demoiselle Mes outils s’ront bientôt prêts;
Mais d’amorcer un’ fillette,
J’ somm’ encor tout effrayé :
J’ craignons d’ prendr’ pour un’ carpette Un poisson qu’ait d’ jà frayé.
Et puis quand un’ fille sage . Tomberait dans mes filets,
' . L’plaisant vivier que 1* mariage,
Pour garder d’ pareils objets !
Faut zW sourc’ vive et courante,
Pour mieux les affrioler :
L’hymen n’a qu’une eau dormante Que chacun aime à troubler.