‹ Chansons; morceaux choisis. Préf. de comte Serge FleuryChapitre 3 sur 70 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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sa main et sa bourse, s'' oubliant lui même, ne se demandant pas s'' il aurait besoin demain de ce qu il donnait aujourd'hui. On n' en finirait pas si Pon voulait rapporter tous ses traits de bienfaisance et de dévouement, secourant ici un pauvre ouvrier imprimeur de Bicêtre, là des pauvres vieilles : tantôt intervenant en faveur d'un proscrit comme David d'AngersQ-) et a son insu, tantôt accueillant un jeune auteur timide, lui donnant des encouragements et des conseils, consolant un affligé. Sa délicatesse était exquise et son désintéressement incomparable. Il aurait pu devenir riche il préféra rester pauvre, pour être plus près des humbles, au risque d'être logé dans une mansarde. C est par désintéressement autant que par indépendance quil refusa le pouvoir, sans orgueil, simplement.

Mais il aimait a sentir V affection des autres. Si par supériorité de nature il oubliait Pingratitude, il en souffrait cependant. Sa méditation recherchait Pisolement et le silence mais il ne savait travailler sous le froid des cœurs. C'est pour cela que ses meilleures chansons du début, il les fit dans ces réunions d'amis a Péronne, où il se sentait à l'aise, entouré et où il pouvait être lui-même. C'est pour cela aussi que la popularité était indispensable a son génie, i^) Elle était le grand foyer où il venait échauffer son âme.

Mais a ce peuple dont il était si près par l'origine et par le cœur, il rendait avec usure ce qt^ il recevait de lui.

(1) Sculpteur de grand talent,

(2) " Cette popularité qu 071 veut envain me contester et qui est un besoin de mon talent." — Lettre de Béranger à Laffite, page 113 Correspoftdance. B. à Dupont de F Eure.

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// /ui versa à pleins bords la gai té, la bonne et franche gaité gauloise, lui parla de ses amours le flatta dans ce qull aime et lui donna aussi des conseils et des leçons. Il prit aux heures troubles sa défense, accabla pour lui, des traits acérés de son Ironie ceux dont P ambition et r orgueil voulaient P asservir. Il lui montra P espérance et fit courir dans ses rangs le frisson de la Liberté.

Mais surtout II chanta sa gloire, la gloire des années de la République et du premier Empire dont les hauts faits étalent déjà des légendes. Il aviva dam son cœur des souvenirs que le contraste des temps rendait plus chers.

" La Patrie a été pour Béranger la muse la plus généreuse^ Ce sont ses chantes patriotiques, ce sont ses évocations du glorieux passé a un moment ou tout le monde y songeait, mais où II était défendu d'en parle? qui firent de lui le poète cher aux foules.

Mais son patriotisme ne fut pas aveugle et II ne cherche pas comme tant d'autres a courtiser la fortune. Il lut eut été facile — Il le fit après — de chanter les victoires de l'Empire lorsque nos armées triomphaient. Il préféra alors écrire le roi d'Tvetot. Il n^ aimait pas la guerre pour la guerre. Mais II n^ était pas Insensible a la gloire nationale et II pensait que la guerre est sainte lorsqu'elle défend la liberté menacée et le territoire.

La chute de Napoléon se confondant avec les défaites de la Patrie II oublia ses griefs contre l'Empire. Il ne vit plus que la France meurtne et foulée au pieds des chevaux étrangers.

Bien plus la Restauration des Bourbons l'en fit, par

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contraste le chantre du Conquérant qu'il n'' avait pas ménagé au temps de sa puissance.

Et cependant " bercé sur les genoux de la République ^ Béranger était républicain. Pourtant il était convaincu que la " France n^ était pas encore disposée a accepter la forme républicaine.^'' Il comprenait aussi qu^il fallait donner un corps aux regrets et aux aspirations des masses et que Napoléon seul pouvait incarner les espérances du peuple français. Du reste par un phénomène psychologique naturel, Pimage de P Empereur s'imposa davantage a r esprit du poète. La chute de P Aigle, ses souffrances et sa mort en firent pour Béranger comme pour les foules une sorte de Dieu.

— Que Pon relise ses recueils dealers, remplis de chansons patriotiques et df" allusions aux grandes guerres. La figure du grand Conquérant les domine.

Que le poète parle de la France mutilée.

Reine du Monde à France ô ma patrie Soulevé enfin ton front cicatrice. . . .

Qu^il nous fasse entendre le hennissement du cheval du Cosaque ou qu^il nous montre le " Vieux Drapeau^''

Lui qui sûr de vaincre a volé Vingt ans de bataille en bataille,

et qtiun brave cache sous la paille de son grabat ; qu^il veuille faire revivre au cœur de ses concitoyens une espérance nouvelle Pest vers le vainqueur d'Jena et de IVagram qu^il tourne leurs pensées.

Et il varie les personnages de son drame napoléonien dont il précise les figures.

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