LE PRINTEMPS
Air : Muse des l)ois , etc.
Toi qui long-temps à mes vœux fus rebelle, Quand l'aquilon enchaînait les zéphyrs, \'iens, au printemps avec la fleur nouvelle, Que ton cœur s'ouvre à d'innocens plaisirs. Tout lefleurit : le vallon , la colline Parfument l'air de suaves odeurs ; Entends l'oiseau chanter sous l'aubépine : Il faut aimer dans la saison des fleurs.
Regarde au pied de ce chêne superbe Dont le front chauve a vaincu Jupiter; Là mille amans gisent cachés sous l'herbe, Nagent dans l'onde ou bruissent dans l'air. La plante même incline sa corolle Pour s'imbiber de sucs générateurs; Et tout redit à cette aimable école :
Il faut aimer dans la saison des fleurs.
De ces ramiers vois le couple folâtre Se caresser sans crainte des vautours, Qui dans le creux donc roche grisâtre Vont célébrer leurs sauvages amours.
Le papillon, des bois à la prairie Va promenant ses volages ardeurs.
O ma Zulme, crois-en ta rêverie, Il faut aimer dans la saison des fleurs.
Asseyons-nous sur ce trône de mousse; De mes chansons qu'un baiser soit le prix. Eh quoi, méchante, un baiser te courrouce! Ne gronde point, 6 Zulme, je l'ai pris. Mais peux-tu bien refuser à ma flamme Ce court oubli de nos longues douleurs! Trop tôt l'hiver viendra glacer notre âme: Il faut aimer dans la saison des fleurs.
Ces frais lilas, ces ormeaux qui s'embrassent, Tout semble dire : aimez à votre tour. Les jours perdus jamais ne se remplacent; Un seul printemps fleurit l'arbre d'amour. Sur moi ton front se penche avec tendresse; Mais dans tes yeux je vois naître des pleurs : Pourquoi pleurer, ô ma belle maîtresse?
Il faut aimer dans la saison des fleurs.
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