LES DÉBRIS
Air : Du vaudeville des Amazones ; Ou: O mes amis, prolongez d'heureux jours.
Je ne suis pas uu misanthrope austère.
Vous le savez, mais hélas! par malheur, Ce globe étroit n'est qu'un triste parterre Où chaque instant voit tomber une fleur. Comme un zéphyr le bel âge s'envole; Mais entourés de rameaux défleuris, Loin d'exhaler une plainte frivole, De nos beaux jours recueillons les débris.
Combien de fois, téméraires pilotes.
Notre vaisseau s'engloutit à Paphos!
Quand la beauté nous traitait en ilotes, Que de longs jours et de nuits sans pavots l Ne livrons plus à de nouveaux orages De notre esquif les fragiles abris:
La barque s'use à force de naufrages : Non loin du port recueillons ses débris.
Qu'un grand seigneur, voluptueux avare, De vins choisis s'enivre chaque soir, Lorsqu'à sa porte on repousse Lazare Qui pour tout bien sollicite un pain noir.
( '9' ) Moins opulent, on est plus secourablc.
N'envions pas de superbes lambris.
Buvons gaiment, mais en quittant la table, Pour l'indigent recueillons les débris.
Rousseau, Franklin, Washington et Voltaire
Sont descendus au rivage des morts.
Près de ces dieux, bienfaiteurs de la terre ,
Le grand Byron module ses accords.
Ne léguons pas seulement à l'histoire
Tant de hauts faits et de savans écrits.
Tout d'un grand homme appartient à la gloire
Avec respect recueillons ses débris.
Mais qu'ont produit ces généreux exemples.' L'âge présent est stérile en vertus.
Patrie, honneur, ou déserte vos temples, Pour s'abaisser aux autels de Plutus.
Pourtant au sein de la plus vile écume Brillent des cœurs que l'or n'a pas flétris. Ah! pour qu'un jour le flambeau se rallume, Du feu sacré recueillons les débris.