XXII PRÉFACE
déshonnour. Car, si on en croit l'histoire, ladite Catherine non seulement ne se tua pas, mais fit très hon ménage avec son mari. Même, après la mort de ce dernier, elle épousa un autre Anglais.
Quant à la Marquise^ est-ce bien une chanson historique ? J. Bujeaud, qui en donne une très jolie variante, veut qu'il soit question de je ne sais quelle maîtresse de Louis XV dont la mort, plus ou moins mystérieuse, aurait été attribuée au poison. Voilà qui parait un peu hasardé, mais ce qu'on ne saturait trop admirer, c'est la vigueur et la concision de ce petit poème qui rappelle avec infiniment de naïveté les ballades allemandes. Quatre strophes seulement et tout un drame des plus noirs; c'est le comble du résumé. Notez que cette forme de la ballade, inconnue dans la poésie française, les romantiques pendant longtemps l'ont cherchée en vain, mais ils la cherchaient où elle n'était pas. Il y avait beau jour que le peuple l'avait trouvée.
Outre ces chansons, fort connues en Bresse et en Bugey, on pourrait, je crois, en recueillir un certain nombre sur le maréchal de Biron, ses succès à la cour, ses démêlés avec le roi, sa mort sur Téchafaud. Ce personnage, dont le rôle fut si considérable et la destinée si tragique, a dû laisser d'assez vifs souvenirs dans notre pays dont il fut chargé de faire la conquête pour le compte de Henri IV. Sa rare bravoure, ses malheurs, son arrogance même semblent avoir vivement frappé l'imagination populaire. Aussi est-il un des très rares hommes illustres de l'ancienne France dont le paysan ait retenu le nom. Qui de nous n'a fredonné au sortir de Técole :
Quand Riron voulut danser, Ses souliers (Il apporter, Sa chenn'se De Venise, etc.