XXIV PRÉ FAC E
sapins que les bûcherons coupaient dans la forêt. Un jour, les bûcherons se demandèrent comment ils pourraient le prendre.
« Il nous faut, dit Tun d'eux, faire des souliers rouges et les
clouer sur le bois. Le gamin mettra ses pieds dedans et nous le
prendrons. »
C'est ce qu'on fit, et l'enfant fut pris.
Mais il était triste et se refusait obstinément à parler.
Pour lui dégourdir la langue, on mit des coquilles d'œufs devant le feu.
L'enfant dit alors aux bûcherons :
J*ai bien des jours et bien des ans,
Jamais je n'ai vu tant de pt'its lupains blancs.
On ne put rien en tirer de plus.
L'histoire n'est peut-être pas très émouvante, mais elle est populaire en Bugey, et je vous la donne, du moins, telle qu'on me l'a contée, sans y rien changer.
En beaucoup de contrées de la France, on croit à la chasse volante. C'est un effrayant cortège do chasseurs qui, à certaines époques de l'année, les uns disent la nuit de Noël, les autres la veille des Rois, passe, comme une trombe, dans l'air glacé, avec des jurons enragés, des aboiements de chiens fous, des galops de chevaux éperdus. A peine l'a-t-on entendu qu'il est déjà loin. Mais il est difficile de l'entendre sans en garder la chair de poule. Qui mène cette chasse? C'est, dit-on, le grand veneur ou le roi Ilugon^ ou le roi Artus, ou la chasseresse blanche, ou tout simplement le grand Briquet. Chez nous on pense que ce n'est rien moins qu'Hérode qui, en expiation du massacre des innocents, est condamné à se livrer, pour l'éternité, à ce diabolique divertissement. Dieu vous garde de jamais le rencontrer, car il