XXVI PRÉFACE
sortes de chairs, même vous dirontles vieux, non sans trembler, de la chair humaine.
Il y avait une synagogue pour trois ou quatre villages. On s*y rendait sous la forme d'un chien, d*un chat, le plus souvent d*un loup. Ceque faisaient là les initiés, Dieu le sait;mais ils en rapportaient des philtres pour ensorceler les gens. Ils jetaient des sorts sur les bêtes à cornes, entraient dans les maisons par une chatière et sautaient sur la poitrine de ceux qui leiu: déplaisaient, pour les étouffer. Voici à ce sujet une histoire véritable^ arrivée à Benoit Maclé, des Catagnolles (canton d'Hauteville), grand-père du père nourricier de la femme Perraud, dit Camte, de Rossillon, de qui je tiens Taventure :
Benoit Maclé revenait un jour de Belley. Quand il fut dans un endroit appelé dans le pays la Mort-Blancket, il vit au loin un grand feu. Or, il y avait alors dans son village un nommé Farcollet, qui depuis longtemps était malade.
Peut-être bien, dit-il, que Farcollet est mort et que c'est sa paillasse que l'on brûle. Car à cette époque, lorsque quelqu'un mourait, on avait l'habitude de brûler la paille du lit dans lequel il était mort.
Quand il arriva devant le feu, voyant une nombreuse assemblée, il leva son chapeau et dit : « Dieu vous aide à tous! »
Le feu aussitôt s'éleva très haut, puis tout à coup s'éteignit, et des gens qui étaient autour il ne resta rien.
Benoit était alors près d'un endroit appelé la Vie de Combeà-Jaiix. Sa frayeur fut telle que ses cheveux en enlevaient son chapeau.
Il arriva chez lui, à moitié mort, et appela sa femme : «Ignan, lève-toi, je suis perdu, j'ai vu la synagogue, et pourtant j'avais 'toujours dit qu*il n'y en avait pas. » Et à l'instant même, il tomba raide mort.