‹ Chansons populaires de l'AinChapitre 2 sur 259 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

Pourtant, lorsque, à la suite de Gérard de Nerval et de George Sand, de rares curieux, plus confiants dans le génie de notre race, prirent la peine de se mettre en quête, dès les premiers jours la moisson fut abondante.

. En 1852, l'autorité s'en mêla.

Un décret, rendu sur la proposition du ministre Fortoul, ordonna la publication des chants populaires de la France, et, tandis que les documents de toute sorte affluaient au ministère, qui ne sut d'ailleurs en tirer aucun parti ' , d'excellents travaux, dus à l'initiative privée, se succédèrent sans interruption. Je cite au courant de la plume, sans prétendre être complet, le recueil général de Cbampfleury et Wekerlin, les recueils de Prosper Tarbé sur la Champagne, de Jérôme Bujeaud sur les provinces de l'Ouest, de MaxBuchon sur la Franche-Comté, du comte de Puymaigre sur le pays messin, de Beaurepaire sur la Normandie, de Gagnon sur le Canada, de Damase-Arbaud sur la Provence, de Victor Smith sur le Forez et le Yelay, de Sébillot et de Luzel sur la haute et la basse Bretagne, de J. Bladé sur la Gascogne, enfin les journaux spéciaux comme la Romania, la Revue des langues romanes et la Mélusine.

Maintenant les publications de ce genre ne se comptent plus. Chaque année en voit éclore un assez grand nombre, et, à mesure qu'elles se multiplient, il est certain qu'elles reçoivent un meilleur accueil.

Les savants ont donné le branle; les artistes ont suivi, séduits par la saveur étrange de ces chants du peuple qui leur vont au cœur, et voici que le gros public nous arrive, un peu en défiance

' Il est résulté des reclierches provoquées par ce décret un immense recueil manuscrit qui, après être resté longtemps entre les mains de M. Rathery, est aujourd'hui déposé à la Bibliothèque nationale où tout le monde peut en prendre connaissance. On y trouve force noëls, des poésies composées par des instituteurs, des ra;*ta;i/e5 des chansons de Pierre Dupont, enfin de lout un peu, même des chants populaires, et dans le nombre quelques-uns Je délicieux qui ne sont gruère que là.

PRÉKACK III

encore, mais loul prêt à 3'inléresser et h prendre part à la fête commune.

En tout cas, il est aujourd'hui hors de conteste, et on doit proclamer hautement que la France possède une littérature oraleaussi riche, aussi variée, aussi originale que n'importe quelle nation de TEurope. Si on ne Va pas reconnu plus tût, c'est que malheureusement il n'existe nulle pari un divorce plus radical, une scission plus tranchée entre la poésie des simples et celle des lettrés qui s'ignorent Tune l'autre et semblentn'avoirrien de commun.

Jadis il y avait des points de contact. En dépit de l'abus des allégories, Charles d'Orléans et ses]contemporains tiennent encore de près au terroir gaulois. Tout mignards qu'ils soient, on trouve chez eux beaucoup de naturel. Villon est peuple jusqu'au bout des ongles. Plus tard Marot, Rabelais, Montaigne, La Fontaine, Molière lui-même sont tous nourris de la fleur des traditions populaires. Hais déjà la séparation s'accentue. Au xviii* siècle elle est consommée. Il est vrai qu'un mouvement en sens contraire commence à se produire. Peut-être le jour est-il proche qui verra la réconciliation de ces deux sœurs ennemies dont le plus grand tort a été de se méconnaître, et ce jour, il n*en faut pas douter, sera un jour de renaissance.

Qu'est-ce donc que cette poésie populaire, si longtemps inconnue ou bafouée, qui tout h coup s'avise d'attirer l'attention du monde savant ?

Chez bien des gens ce mot n'éveille que de vagues idées de chansons de café-chantant, bassement polissonnes ou simplement idiotes, auxquelles l'orgue de Barbarie a donné pour un jour la popularité de la rue. Rien, à coup sûr, ne ressemble moins aux chants qu'on va lire.

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