‹ Chansons populaires de l'AinChapitre 3 sur 259 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

La poésie populaire est celle que le peuple lui-même a composée pour le peuple, poésie anonyme toujours, dont le texte varie sans cesse et que seule la tradition orale nous a conservée.

C'est un art comme un autre, quoique infiniment simple, naïf et borné dans ses moyens d'expression, un art véritable et qui ne laisse pas d^avoir ses règles, ses traditions, je dirai presque ses classiques.

Le vers sans doute est boiteux ; il court cependant. Le rythme ne se distingue pas toujours aisément; on peut être sûr néanmoins qu'il existe. La rime est remplacée par Tassonnance ; mais la musique n'y perd jamais rien. Les pieds varient à l'infini. Qu'importe? Il semble qu'on ait affaire à une matière malléable, presque fluide, capable de s'allonger ou de se restreindre à volonté. Les syllabes, trop nombreuses, se tassent d'ellesmêmes. On vient toujours à bout de chanter, et c'est l'essentiel.

Gomme noblesse d'origine la poésie populaire ne laisse rien à désirer. Ses parchemins sont en règle et au grand complet. Elle a ses légendes qui datent des croisades, ses contes qui viennent en droite ligne des fabliaux, ses complaintes de bergères qui rappellent l'antique jeu des pastorales.

Les versions que nous en avons se sont, il est vrai, passablement altérées à passer par tant de bouches. Chacun a tenu à y mettre du sien. L'un a ajouté des couplets, l'autre en a retranché. Des mots, dont le sens s'est perdu, ont été remplacés par des équivalents. Le texte primitif n'en reste pas moins reconnaissabre sous les mutilations qu'il a subies. Comme le dit fort bien le poète Suisse, Juste Olivier, un de ceux qui se sont occupés les premiers de la question, « le fil change de couleur à mesure qu'il se déroule, mais il n'a pas été rompu ^ ».

* Juste Olivier, le Canton de Vaud.

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