XXXVI PRÉFACE
Le caresser^ Et lui faire tes amitiés; Et après tout cela, ma fille.
Jamais lui dire tes pensées.
Car moi j'ai fait longtemps la vie.
Ton cher papa n'en savait rien.
Nous en ferons un grand festin.
Nous danserons la cabriole, Tout autour de notre jardin.
Le vieux vieillard d'homme ne saurait d'ailleurs beaucoup tarder à mourir, et alors, quel coup de fortune !
^ , Tu seras héritière
De ce riche marchand.
Dame! Tout n'est pas rose dans do pareilles unions. Au repas de noces, Tépoux cacochyme et malingreux, commence par dire à sa jeune femme :
Ma petite Rosette, Ménageons bien nos dents.
^ Et la nuit venue, sans plus de cérémonie il se tourne sur l'épaule et s'endort.
Que veux -tu que j'y fasse ?
La fièvre m*a surpris, Un très grand mal de tête.
En danger d'en mourir *.
Ces quelques exemples prouvent assez que nos « chants relatifs au mariage » ne brillent pas par un sentimentalisme exagéré. Pas un seul n'a cherché à rendre les joies calmes du foyer, le
I Ici le poète populaire est dans la vraie veine gauloise; on se rappelle malgré soi un malin conte de La Fontaine.
PRÉFACE xxxTii
plaisir de vivre cAto à cAle et de vieillir ensemble ; on croirait, à les entendre, que la vie commune soit fatalement un enfer. Ou c*est le mari riboteur qui maltraite sa femme et lui fait pleurer toutes les larmes de son corps, ou c*est la femme coquette, vicieuse, sans ombre de cœur, qui jordonne à la maison et tranche de la princesse.
Mon mari, je vais à la messe ; Tu balieras ma chambretle.
Tu feras aussi mon lit, Mon pt'it cœur rit à son aise, Tu feras aussi mon lil, Mon prit coeur vit sans souci.
Et quand, las d'attendre son déjeuner jusqu'à midi passé, Petit Diatij rentre à la maison, il sait bien ce qu'on lui réserve.
Trouve sa femme couchée, Un aimant entre ses bras.
S'il réclame timidement, on lui jette par grande faveur un os à ronger, et on l'envoie à la grange corner avec les bœufs.
Rien de surprenant dès lors à ce que la mort d'un de ces étranges conjoints soit pour l'autre une vraie délivrance.
Le veuf ira danser sur la tombe de sa femme
De peur qu'elle u*cn ressorte.
La veuve sera cent fois plus pratique. Après tout le linceul pourrait ser>îr encore. Pourquoi bêtement le laisser perdre?
Je pris mes ciseaux flnettes, Point à point le décousis.
Quand j'arrivai à la bouche,
(D'aatrt* difeat crânMot : la gutale.)
Tavais peur qu*il me mordit.
Quand on le porta en terre, Je sautai comme un cabri.
xxxviii PRÉFACE
El toujours l'ironique refrain :
Âb! je Taimais tant, tant, tant, Ah ! je Taimais tant, mon mari !
Comme conclusion à une idylle d'amour, il serait difficile d'imaginer mieux.
On comprend après cela que nos chansons de noces ne doivent rien avoir de très folâtre. Si la mariée est jeune et jolie, elle ne saurait se défendre d'un mouvement de vanité, en se voyant si bien parée.
loi ma couronne sur ma tête, Ressemble la fille d'un roi.
Mais lorsque, le soir venu, elle se retrouve avec ses compagnes libres encore, le cœur commence à lui manquer.
Quand je vois ces filles à table, Les larmes me coulent des yeux.
Et mélancoliquement, elle s'écrie :
Adieu, la fleur de nos amours !
Les vieilles coutumes, si pleines de saveur etd*étrangeté, se perdent d'ailleurs chez nous comme partout, et bientôt les noces de campagne ne se distingueront en rien de celles delà ville. Il reste cependant en Bresse et eu Bugey quelques traditions curieuses qu'il est bon de recueillir, avant que toute trace en ait disparu.
En Bresse, il est d'usage que lorsqu'un jeune homme recherche