‹ Chansons populaires de l'AinChapitre 4 sur 259 · PRÉFACE V · texte numérisé non relu

PRÉFACE V

Au fait, on est toujours lo fils do quelqu'un et rien ne sort de rien. A la grande chaîne qui relie entre elles toutes les œuvres humaines, il ne manque pas un anneau. Il est donc permis de conjecturer que les auteurs anonymes de nos vieilles chansons se sont inspirés, pour la musique, du plain-chant de TKglise, la seule musique qui fût à leur portée, pour les paroles, de ces jongleurs du commun qui, moins favorisés que leurs confrères de haut vol reçus à bras ouverts dans les châteaux, parcouraient nos campagnes, au Moyen âge, afin d'y débiter leurs poèmes interminables.

La plupart de nos chants populaires sont en vers de six pieds, dont le premier ne rime jamais. On peut, sans trop de difficulté, y reconnaître le grand vers des chansons de geste où souvent le premier hémistiche se termine par un e muet qui n'est pas élidé.

Mais ce sont là de pures questions de facture. Ce qu'il faut admirer, ce n'est pas le vase, souvent informe et toujours de matière commune ; c'est la liqueur qu'il contient, liqueur franche et généreuse, claire, pétillante, bien faite pour ragaillardir les énervés.

Si notre marche est parfois si hésitante, à nous lettrés d'une époque de décadence, c'est que nous traînons après nous, comme autant de boulets, vingt siècles de rhétorique. Nous savons que nos prédécesseurs ont parlé de toute chose et comment ils en ont parlé. Il n'est rien que nous ne regardions à travers les livres. Nous jugeons les hommes d'après ce qu'on en a écrit, et la nature d'après les tableaux qu'on en a faits. Pour voir par nousmêmes, il nous faut un incroyable eiTort de volonté.

Le poète populaire n'a aucune de ces entraves. Le moule dans lequel il coulera ses inspirations, il le connaît d'avance, et c'est, d'ailleurs, la simplicité m^me. A part cela, il ne sait rien, ne se souvient de rien. Personne ne s'interpose entre lui et la

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