‹ Chansons populaires de l'AinChapitre 7 sur 259 · PRÉFACE XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XVII

Après leur défaite, ces religions baroques ont trouvé un asile chez le peuple, et là, dans le grand mystère des champs et des hois, elles se sont refait une virginité.

A Bouligneux, en Dombes, quand on veut se guérir de la fiè\Te, on fait un soleil à six rayons, on le porte sur une éminence et on s*agenouilIe devant lui comme pour Tadorer. Puis on le jette à la rivière la plus proche, et vite on s'éloigne sans se retourner ' .

Comment ne pas voir ici un reste du culte de Belenus, de ce petit soleil d*argent dont parlent si souvent les chansons populaires? Et dans la prière de la JRaison de Dieu^ une de celles qu*ou connaît encore chez nous, la petite planche « pas plus grosse qu*un cheveu 9 sur laquelle les âmes doivent passer après la mort, n'évoque-t-elle pas l'idée de ce pont de l'épreuve, Es-Sirat, si cher à la mythologie musulmane? Quelle singulière coïncidence ? Avons-nous donc tout à coup remonté le cours des âges, sommes-nous en Bresse ou en plein Orient ?

A parler franc, la dévotion de nos paysans, si sincère qu'on la suppose, sent toujours un peu le fagot. Comme tous les êtres primitifs et dénués de culture, ces bonnes gens ont peine à croire à la puissance des œuvres. Il leur semble bien plus simple d'admettre Faction de bons ou de mauvais esprits que de mystérieuses formules suffisent à vous rendre favorables. En certains endroits le curé passe pour avoir le pouvoir d'apaiser ou de déchaîner l'orage. Il fait un peu l'efTet d'un sorcier, et rÉvangile d'un livre de magie.

Quant aux sorciers de profession, bien qu'infiniment dégénérés^ ils continuent leur petit commerce. Eux aussi ont des oraisons infaillibles contre tous les maux, oraisons bien

' V. 1). Monnicr et Vin^lrinier,0'«>y'i/Kt'S ef TnidUiotiS populniir$. Le nom de Bouligneux vient de Belenus; c'était le nom du soleil dans notre pays.

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