XVIII PRÉFACE
humbles, bien naïves, et qui pourtant, dans leur niaiserie, ne sont pas du tout dépourvues d'intérêt. On a souvent cité la prière de sainte Âppolline contre le mal de dents. En voici deux ou trois autres moins connues, et prises à la source même. Êtes-vous mordu par une \ipère, récitez ce qui suit:
Saint Simon s'en va-z-à la cha$se> A chassé trois jours et trois nuits, N'a trouvé qu'une mauvaise couleuvre Qui Ta mordu lui et ses chiens.
Simon fit un cri,
Dieu l'entendil.
— Simon,
Qu'as-tu donc?
— Seigneur, v'ià trois jours et trois nuits que je chasse. J' nai trouvé qu'une mauvaise couleuvre
Qui m'a mordu moi et mes chiens.
— Simon, prend de la graisse de porc, Et tu t'en graisseras neuf fois,
Et tu prendras neuf feuilles de ronce Avec lesquelles tu t'essuiras.
C'est tout. Dites à chaque fois un Pater et un Ave en Thonneur de saint Simon, et vous êtes guéri.
Pour couper la fièvre, il suffit de dire :
Quand Jésus porta sa croix, il survint un juif, nommé Marc-Antoine qui lui dit : «Jésus, tu trembles». Jésus lui dit :« Je ne tremble ni ne frissonnet. Et celui qui dans son cœur ces paroles prononcera jamais fièvre m frisson n'aura.
Les coupures se guérissent encore plus vite. Voici une formule qui, assure- t-on, n*a jamais manqué son effet, pourvu qu'entre chaque mot on fasse un signe de croix :
Piacet consumatum resurrexit Ghristus.
Et pour obtenir la grâce de supporter avec patience toutes les misères qui nous viennent de la part des hommes, on se pro-
PRÉFACK XIX
cure une image représentant le voyage des trois rois à Tétable de Bethléem et ou récite ces paroles :
Belle étoile, qui a délivré les trois rois mages de la persécution d'Elérode, délivre-nous de tout tourment.
Je m'arrête, de crainte de fatiguer le lecteur. Car le formulaire de nos sorciers de village est d'une richesse toute exceptiounelle. C*est vraiment la bouteille inépuisable. On voit d'ailleurs, par ces exemples, qu'il est fort anodin et ne saurait faire de mal qu'à la bourse du client.
J'en dirai autant des honneurs rendus à certains saints que l'Lglise ne connaît guère et qui doivent généralement à leur nom même la confiance dont on les honore. Par exemple, saint Denis (des nids), près Bourg, est très invoqué pour la conservation de la volaille. On obtient, par son intercession, que les poules pondent de bonne heure. Saint Garadot, à Mon- Irevel, préserve de la rage.
Saint Paul, à Saint-Didier, près Trévoux, guérit les enfants des convulsions (à cause de sa conversion, qu'on a transformée là-bas en convulsion], etc., etc.
Noublions pas saint Guignefort, très en renom à Neuvilleles-Dames, et qui ne fut autre, si on en croit la légende, qu'un grand lévrier, méchamment mis à mort par son maître, dont il venait de sauver l'enfant*, — non plus que saint Bounet, patron des bœufs et des vaches. Quand viendra la fête de ce dernier, il faudra aller à la première messe, mais en revenant, n'oubliez pas de danser, sans quoi vous n'auriez que des veaux morts-nés.
* V. le curieux travail de M. VarMiérc dans le^ annalen de la Soc'i^rU: d'émulation de TAin (iS79^.