C'EST DANS LA VILLE DE BYTOWN
Il y a de cela déjà bien des années, par une délicieuse matinée de juillet, un jeune homme avec qui je suis inti-
mement lié, partait de la ville des Trois-Rivières pour se
rendre à sa paroisse natale, la Rivière-du-Loup, en haut.
Le jeune homme était musicien, et, comme il n'avait que
dix-sept ans, il devait naturellument se croire très-fort
dans son art. Chemin faisant. voilà qne son cocher, ému
sans doute par les beautés du soleil levant, et stimulé
aussi, peut-être, par le chant des cos et le bêlement des génisses, se met à entonner: C'est dans la ville de Bylown avec un accent rustique des plus prononcés. Grand plaisir chez notre artiste en herbe, qui, en vrai musicien de notre siècle, cherche aussitôt à harmoniser la mélodie, dans son esprit, à mesure qu’elle sort du rude gosier de son compagnon. Mais voilà notre jeune ami tout décontenancé!..… Impossible d'harmoniser cela! Il a beau solliciter toutes les formules harmoniques, toutes les modulitions à lui connues......impossible d'arriver à rien !
. De la leçon toute pratique que donnait à notre ami son brave compagnon de route, il ressortait clairement ce principe : qu'il peut exister une musique reposant sur d’autres lois que sur celles qui régissent la tonalité qui nous est familière. Mais il ne‘tira pds cette conclusion tout d’abord. Assurément il fut frappé de l’étrangeté de
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la mélodie qu'il entendait, mais qui lui parut infiniment plus étrange encore, ce fut de se voir, lui, mis à qu'a par un pauvre cocher !
‘“ Les airs populaires. . .... dit M. Wekerlin, offrent quelquefois de véritables difficultés d'harmonisation, étant faits complètement en dehors des vues d’un accompagnement, et contraires souvent à noslois harmoniques sur les modulations. Quelques-unes de nos chansous populaires datent d’une époque assez recuiée, cela est incontestable ; plusieurs d’entre elles, cellés où la note sensible u’existe pas, par exemple, remontent au moins à 1500, puisque ce n’est que tout au commencement de 160) que Monteverde trouva l'accord de septième de dominante. Or, cet accord de septième détermina réellement le sentiment de l1 note sensible, c'est-à-dire le demi-tou qui précède la tonique. Même sans ce trait carace téristique, beaucoup de chansons populaires font constater l'ancienneté de leur origine, rien que par leur allure méthodique, leur similitude avec le chant grégorien.”
Je ne partage pas entièrement la manière de voir du distingué compositeur dont je viens de citer les paroles, et je ne serais pas prêt à croire, comme lui, à l’ancienneté d’une mélodie uniquement parce qu’elle se rapproche de la tonalité grégorienne. Gette tonalité n’a jamais eu accès au théâtre, et l'harmonie dissonante l’a chassée complètement des salons, c'est vrai ; mais dans certaines campagnes (je parle des campagnes du Canada), surtout dans celles où il n'y a ni orgue, ni harmonium dans les églises, et où l’on n'entend jamais d'autre instru. ment que le violon, elle règne encore en souveraine ; c'est dans cette langue musicale que les chanteurs populaires improvisent et composent. IL est possible que la mélodie de C’est dans la ville de Bytown, qui appartient au premier mode authentique de la tonalité ancienne, soit de composition fort antérieure à celle des paroles qui
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l’accompagnent, mais il est aussi fort possible que paroles et musique aient été composées en même temps: ce qui alors ne pourrait remonter bien haut.
On a fait un grand nombre de chansons où figure la ville de Bytawn (aujourd’hui Ottaoua). M. LaRue, dans son étude sur nos chansons populaires, en a cité une trèsremarquable dont je regrette de ne pas connaître l'air. Bytown a été longtemps le poste avancé de la civilisation dans la belle vallée de l'Ottaoua, le dernier souvenir qu'emportaient les voyageurs forestiers dans leurs lointaines excursions au delà des iles Calumet et Allumettes.
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la vil’ de Bail- ton-ue, Là de que
À Ne —— — ae Re — ess DS — j'arté faire uu tour; Là dau ya des jo- lies
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fil-lés, Qui sont
g= EE tan” que,par’sus tout, Z-ou dit que j'y fais Va mour.
Mais yeu a- t-au’ ee D ne cn) er
que j'y fais l’a- mour.
C’est dans la vill’ de Bailtonne
Là icusque j'ai ’té faire un tour; La ionsque ya des jolies filles
Qui sont parfait’ et gentilles,
Mais yen a-t-an’ que, par ’sus tout, Z-on dit ques j'y fais l’amour.