‹ Chansons populairesChapitre 64 sur 89 · A PROPOS D'ANNEXION · texte numérisé non relu

A PROPOS D'ANNEXION

J*ai pour voisin un fils de la Savoie , D*or pour le cœur, d'acier pour le jarret.

èï loin, si loin que le client T envoie.

Il part plein de joie, Courrier agile et messager discret.

J'eus, hier soir, recours à son office Pour un billet , une invitation ; Je causai donc avec Tami Maurice,

Et, non sans malice, Je prononçai le mot d'annexion.

Il répondit : « Ma mère était Française, Mon père aussi , moi de même , et , ma foi ,

Je serais fort aise Que mes enfants le fussent comme moi.

n Je ne suis pas savant en écriture ; Je le dirais qu'on ne me croirait pas ; Mais le coup d'œil remplace la lecture :

C'est loi de nature Que l'eau des monts coule de haut en bas.

J'ai vu rouler l'inondation blanche

168 GUSTAVE NADALD.

Sur les vallons creusés par le torrent.

On doit toujours tomber par où Ton penche.

Gomme F avalanche , L'homme a sa pente et court à son courant.

Or, voyez-vous , ma mère était Française , Mon père aussi, moi de même, et, ma foi,

Je serais fort aise Que mes enfants le fussent comme moi. »

>< Mais, mon ami, lui dis-je, l'Italie Vous sera-t-elle un pays étranger?

Sa grande tâche est à moitié remplie ;

Faut-il qu'on oublie Le sort commun et le commun danger?

— Oh ! non, monsieur, j'ai le cœur d'un bon frère, Et l'Italie est notre sœur à tous. Elle a nos vœux; mais si ma sœur m'est chère,

J'aime aussi ma mère :

J'ai bu son lait, et son sang coule en nous.

Car, avant tout, ma mère était Française, Mon père aussi , moi de même , et , ma foi ,

Je serais fort aise Que mes enfants le fussent comme moi.

» Et puis, monsieur, la langue est un baptême; On peut s'entendre encore en un procès.

Si je veux dire à quelqu'un que je l'aime,

Ça va de soi-même.

Je parle franc, c'est-à-dire français.

— C'est bien, Maurice, il faut que je vous laisse;

CHANSOIIS POPULAIRES. 160

Je vous comprends; vous comprendre m* est doux. Allez porter ma lettre à son adresse :

C'est chose qui presse.

A des amis je donne un rendez-vous.

— Je pars , monsieur, ma mère était Française , Mon père aassi , moi de même , et , ma foi ,

Je serais fort aise Que mes enfants le fussent comme moi. «

no GUSTAVE NADAUD.

LE MANDARIX.

Pc-Pi-Po, fils de Tsi-Tsin-Tson, Mandarin du Céleste Empire, Chantait toujours une chanson Que je vais tenter de traduire :

« J*ai le bonnet à bouton d*or, Je porte la soie amarante, Et pourtant je suis jeune encor, Je navigue entre vingt et trente.

Je compte parmi les lettrés, Dans les manuscrits je sais lire , Et par moi les livres sacrés Disent ce que je leur fais dire.

Depuis quinze ou seize cents ans Mes aïeux font des anagrammes; On dit même que je descends De Confucius par les femmes.

Et pourtant il me manque , hélas !

Je ne sais quoi... Le ciel me vienne en aide!

Pour avoir ce que je n'ai pas, Je donnerais tout ce que je possède.

» Ce rien qui manque à mon bonheur, Je le cherche et je le demande.

J*ai la bouche -arrondie en cœur Et. les yeux fendus en amande.

Tous les éléments de beauté Sont réunis daus ma personne, Double menton, nez épaté.

Teint d'orange en saison d'automne. J'ai de grands ongles aux dix doigts, Mes petits pieds sont deux merveilles , Et pas un ne pourrait , je crois , Montrer de plus grandes oreilles.

Mon front semble un onyx poli Où s'enchâsseraient deux turquoises; Enfin je suis le plus joli Des Chinois, selon les Chinoises.

Et pourtant il me manque , hélas !

Je ne sais quoi... Le ciel me vienne en aide!

Pour avoir ce que je n'ai pas, - Je donnerais tout ce que je possède.

» Ce n'est pas non plus la santé :

J'ai l'estomac d'une baleine.

Et je me suis toujours porté

Comme la Tour de porcelaine.

J'ai des fermes et des palais,

Des terres, des chasses, des pèches;

J'achète l'opium des Anglais

Et je leur vends des feuilles sèches.

\ri GUSTAVE NADAUD.

Je dors quatorze heures par jour, Dans mon hamac je me halanee ; J'apprends à hattre du tamhoar Et je fredonne la romance.

Au besoin, je suis belliqueux; Je commande à dix mille braves; Je dois être plus brave qu'eux, Puisqu'ils sont mes humbles esclaves.

Et pourtant il me manque, hclas! .

Je ne sais quoi... Le ciel me vienne en aide!

Pour avoir ce que je n'ai pas, Je donnerais tont ce que je possède. »

Il survint alors, m'a-t-on dit,

Deux malheurs, la guerre et la pesie. ,

Le pauvre mandarin perdit

Fortune, bouton et le reste.

u Bon, dit-il, le sort rigoureux

M'apprend enfin à me connaître;

On ne voit qu'on était heureux

Qu'à l'heure où Ton cesse de l'être.

Cet inconnu tant souhaité

Vient à point combler ma lacune :

Il me manquait l'adversité

Pour apprécier la fortune.

Si je retrouve un jour mon bien ,

Mon rang, mon titre et ma jeunesse,

Il ne me manquera plus rien,

Maintenant que j'ai la sagesse.

CHAIMSOXS POPl LAIHES. 1

Mais il me manque désormais Je sais bien quoi... Le ciel me vienne en aide!

Ponr retrouver ce qne j'avais.

Je donnerais tout ce qne je possède.

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