UN MARIAGE A LA RIVIÈRE
L'autrou dze on biau dzun oume
Fit lou tsmin pou me vni vœr.
Ma mère li fit réponse
Qu'i été on po trou edzo.
Ma i voué dedans mo tsambro ;
I me mèlu o pleuré.
Ma mère m'y vint trouvé :
— Lamô ! que t'é don mètsanto feuillo, Que t'é donc o soupiré?
— L'autrou dze on o marié mo cousine Q'étè bin pie edzo que ma !
— Vo t'a don mètsanto feuillo, vo t'a don lou rappelé !
— Ma i voué de toutes mè fouâchè en criant :
« Mon ami Reveni Mo mère o dé qu'vous m'èri ! »
Demande.
« Bondze, bouné dzens, Bravé dzens, maître dzens È touta la compagnie !
I vinyous vous demandé, Lo plus bello de vos feuillo.
I n'vue point de sto tant grand,
(1) Village des environs de Pontarlier,
L'è trou grand ; N'on pie de sto tant p'tit mioutô, I vue s'io du metta :
L'è 0 ma, I 0 lontain qu'elle est mo mie. »
Que li bailla vo, detet vo, Pou son dzouli troutselaidzo?
— On li baillera tchai sa francs^
Ino bello votzo néro
Touto fraitzo Pou entré dans son mainedzo.
On li baillera no couvo de pussins,
Trente sin È lo mère que li maino ; On li baillera no tsorio, do bues blancs Pou soumadais ses tores.
Traduction.
L'autre jour un beau jeune homme fit le chemin pour me venir voir. Ma mère lui fit réponse que j'étais un peu trop âgée. Moi je vais dedans ma chambre, je me mets à pleurer. Ma mère m'y vint trouver.
— Lamoi ! qu'as-tu donc méchante fille, qu'as-tu donc à soupirer? — L'autre jour on a marié ma cousine qui était bien plus âgée que moi ! — Va-t'en donc, méchante fille, va-t'en donc le rappeler! — Moi je vais de toutes mes forces en criant : » Mon ami, revenez, ma mère a dit que vous m'aurez ! »
Demande.
Bonjour bonnes gens, braves gens, maîtres gens et toute la compagnie ! Je viens vous demander la plus belle de vos filles. Je ne veux point de cette tant grande, elle est trop grande ; non plus de cette tant petite gâtée ; je veux celle du milieu : (la moyenne) Elle est à moi, il y a longtemps qu'elle est ma mie.
Que lui donnerez-vous, dites voir, pour son joli trousseau? — On lui donnera six cents francs, une belle vache noire toute
fraîche pour entrer dans son ménage ; on lui donnera une couvée de poussins, trente-cinq, et la mère qui les mène; on lui donnera une charrue, deux bœufs blancs pour semer ses terres.
LES GENS D'AUTREFOIS (l).
Las tgeots d'einet vouais n'aissint pas drus I ne mitgiévot que di dû, Occouat n'y en aivait pas pou tus, Ç'aitait lai veille méthoudai.
Maintenant Tant di vin de Selins, De lai viandais fratche, di brante-vin, Occouat ne savot tu pas si sont bin.
Voiqui las tgeots ai lai moudai.
Traduction.
Les gens d'autrefois n'étaient pas drus, ils ne mangeaient que du dur; encore n'y en avait-il pas pour tous; c'était la vieille méthode.
Maintenant ils ont du vin de Salins, de la viande fraîche, du brandevin , encore ne savent-ils pas s'ils sont bien. Voilà les gens à la mode.
(1) Patois des Gras.