‹ Chansons populaires recueillies en Franche-ComtéChapitre 59 sur 171 · LES GALANTS DE CHÈVREMONT · texte numérisé non relu

LES GALANTS DE CHÈVREMONT

Ç'à les bô - bes de Tcliie-vre- mont C'a les bô - bes

-> — "^ de Tcbie-vre - mont Que sont pait-cliis pou lai na - tion Que

sont pait - chis pou lai na - tion Que sont ai - vus de

pe pe pe Que le inà temps n'tuait les Pe - ti - gnats Vi-

iH

vent les A dza dza Vi - vent les A

Quand et fut loin de son pays {his) Lou pu djeune s'en repentit \hls) Et s'en revint drait tchi sai tante Lai vou sai belle z'y fréquente.

Que le ma temps etc..

djo lats.

(1) Patois de Montbéliard.

Eh don bon djou mai tante Ali {his) At c'que mai mie n'àt point pôchi? (bis) Elle àt li liât dedans sai tchambre Qu'elle y piiere et que sy lamente.

Que le ma temps etc..

Lou bé galant montit y liât (bis) Lai belle tirit ses ridias \bis)

— Retirie vos y vos en prie

De vos mon tieur ne pu d'envie.

Que le ma temps etc..

Mai mie faites me z'in boutiet (bis) Que l'eut de roses et de midiet [bis) Qu'et feutch'loyie d'in riban djâne Y ais fait l'amour ç'at pou in àtre.

Que le ma temps etc..

Mai mie baillie me z'in moëlchu (bis) Baillie me lou pu bé moëtchu {bis} F^aites lou long, faites lou lairdge Got pou bin essue mon visaidge.

Que le ma temps etc..

— OUais vos en, y vos lou dis (bis)

— Mai mie y vos aipoutche ci (bis) In bé riban de demoiselle

— Demeure ci li dit lai belle.

Que le ma temps etc..

Traduction.

Ce sont les gars de Chèvremont (1) Qui sont partis pour la nation.

Ils sont allés dedans la guerre Sans dire adieu à leurs maîtresses.

Que le tonnerre .ne tue pas les Petignats

Vivent les Adjoulas.

(1) Commune du Haut-Rhin, arrondissement de Belfort.

— ai —

Quand il fut loin de son pays Le plus jeune s'en repentit.

Il s'en revint droit chez sa tante Là où il fréquente sa belle.

Eh donc bonjours ma tante Alice Est-ce que ma mie n'est point par ici?

— Elle est là-haut dedans sa chambre Où elle pleure et se lamente.

Le beau galant monta en haut La belle tira ses rideaux.

— Retirez-vous je vous en prie De vous mon cœur n'a plus envie.

— Ma mie faites-moi z'un bouquet Qu'il soit de roses et de muguets ; Qu'il soit lié d'un ruban jaune

J'ai fait l'amour, c'est pour un autre.

Ma mie donnez-moi z'un mouchoir Donnez-moi le plus beau mouchoir Faites le long, faites le large, Pour bien essuyer mon visage.

— Allez-vous-en je vous le dis. . . .

— Ma mie je vous apporte ici Uu beau ruban de demoiselle. ..

— Demeure ici, lui dit la belle.

Le refrain bizarre des Galants de Chèvremont est emprunté à une chanson plus ancienne encore très répandue aujourd'hui dans le pays de Montbéliard et qui fait allusion à un événement historique peu connu. Il s'agit d'une espèce de révolution suscitée parles Petignats, des paysans de Courgenay, qui eurent l'audace en 1740 de soulever les habitants de TAjoie contre le Prince-évêque de Montbéliard. Pierre Petignat, d'après M. Goutejean alla demander du se-

cours à l'Etat de Berne pour pouvoir résister à son suzerain qui, lui, s'était adressé à son voisin le roi de France. Mais il succomba dans la lutte et fut exécuté à Porrentruy.

Les Aidjoulats sont les habitants de l'Ajoie, jadis l'Eisgau, qui comprenait ce qui fut plus tard le pays de Montbéliard et l'Evèché de Bâle.

Voici cette chanson qu'on chante sur le même air que la précédente. Elle se chante en patois de Montbéliard ou de Porrentruy :

LES PETIGNATS (i).

S'vôs v'iai saivoi qu'ment qu'en moinait [hisj

savoir menait

Lou paysain de Courdgenay (bis) Et bin botai vos vite ai boire

mettez

Y vo raicontrai son hischtoire.

Refrain.

Que le ma temps (2) n'tuait les pepepe

Que le ma temps ne tue pas

Que le ma temps n'tuait les Petignats.

Vivent les A dza, dza Vivent les Adjoulats.

Aidjoulats donc aimusans nos (bis) Tôt en^boyant tus in bon côt (bis)

buvant

Petignat de digne mémoire Ne s'en tirait pe ma pou boire.

Que le ma temps, etc.

(1) On dit aussi les Pequignats, même nom de famille que Peqiiignot, nom très commun en Franche-Comté.

(2) Le ma temps, le mauvais temps, (le tnau temps, la foudre). C'est une imprécation populaire : que le mû temps m'tuait, que la foudre m'écrase ! Ici c'est le contraire, que la foudre épargne les Petignats !

Y vos dirai tôt en boiyant (bis)

buvant

Que c'n'était ran qu'in paysain (bis) C'était tout boennement de lai clique D'iai société pauvriotique (1).

Que le ma temps, etc.

Lou prince et tous ses courtisains (bis) Ecraisint les poueres paysains (bis) Petignat d'Iai pait d'iai province

part

S'en vai poutchai ses piaintes à Prince.

porter

Que le ma temps, etc.

Et yo det : Chire, lou paysain ibis)

Sire

Et droit qu'ment vos d'aivoi di pain {bis)

A comme

L'paysain n'a pe in éschclave

n'est pas

Que n'deuchint ran hoir' que de l'àve

Qui ne doive l'eau

Que le ma temps, etc.

Nos tchaimps pai vos tch'vas sont tripais (bis)

champs chevaux foulés

Vos poues-saiyais les vint bâchai (btsi

sangliers bêcher

Et fà que tout çoli râteuche

Il faut que tout cela finisse

Qu'ment vos que le paysain boyeuclie

Comment voulez-vous boive

Que le ma temps, etc.

Achi lou prince et tus ses gros (bis)

Aussi

Le ravoëtint tus qu'ment in fô (bisi

Le regardaient fou

Djus'tiain qu'ei yos motret qu'po boire

Jusqu'à ce que

L'paysain vô aivoi son vOire.

verre

Que le ma temps, etc.

(1) Ce couplet est peut-être une interpolation datant de 1848. A cette époque il y avait à Porrentruy une société qui portait ce nom.

Le prince fesit en repondjaint \bis)

répondant

Qu'à c'que m'baidjeule ci maitin? (bis)

braille

Di diaile s'y les veux léchie boire

Du diable

Y aimerô meu aivoi lai foire.

Que le ma temps, etc.

Di temps d'çoli in officie {bis)

Pendant ce temps-là

Diet à prince : y cognât l'métie (bis)

au prince

Y ai cinquante Kaiseurliques Pou penre Petignat et sai clique.

Pour prendre

Que le ma temps, etc.

Lou prince dit qu'ô et les sudais [bis]

qu'oui

Paitchennent tretus pou Courdgenay (bis)

Partirent

Lou prince yos det : si vos y en fôtes

si vous lui en foutez

Y VOS beillrai po boire lai gotte.

Que le ma temps, etc.

Les bogres allint qu'ment des mâtans (bis) Sains qu'Petignat s'doteuche de ran {bis) En s'diaint : nos f rains rôlai les voires

se disant

Ç'â lou prince que paye ai boire.

Que le ma temps, etc.

Chitot qu'è feunn't devant l'hôta {bis)

la maison

Eis breuyennent ti^etus : « Petignat ! (bis) Vin vôr ci d'vaint qu'en t'en foteuche

qu'on t'en foute

Pou qu'in tchetiun de nos boyeuche. »

que chacun boive.

Que le ma temps, etc.

Petignat qu oueyet ces railâs {bis)

qui entendait cris [râles)

Yos diet : « Dé ail, y seu tôt pràt. ibis)

bien oui

Bouebes ! euvrit lai pôetche â lairdge

Garçons porte

Pou qu'el euchint libre péssaidge. »

ils aient

Que le nià temps, etc.

Eis les lécheunn't tus bin entrai [bis] Ataint d'entrai taint d'empallai (bis) Chi bin qu'ei n'y d'mouerit d'iai rotte

de la troupe

Que l'officie po boire lai gotte.

Que le ma temps, etc.

Voili q'ment qu'ei fà fare tus {bis)

comment il faut faire tons

Fotre à tyrans lai pâle à tiu ibis)

pelle au c...

Tiaint c'a q'nôs airains lai victoire

Quand

Qu'ment Petignat nos poerains boire.

Comme Petignat nous pourrons boire.

Que le ma temps n'tuait les pepepe Que le ma temps n'tuait les Petignats.

Vivent les A zà zà

Vivent les Adjolats.

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