LA MORT DE JEAN RENAUD
Lamento.
Quand Jean Re - naud d'ia guerr' re - vint por - tait ses
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tri - pes dans ses mains : Bon -jour ma mèr', — bon-jour mon
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fils. Ta femme est
ac - cou - ché' d'un
p'tit.
— « Allez, ma mère, allez devant, Fait's-moi dresser un beau lit blanc :
Mais faites-le dresser si bas
Que ma femni' ne l'entende pas ! »
Un beau lit blanc fut préparé Pour reposer ce fatigué, Et, quand ce fut vers la minuit, Jean Renaud a rendu l'esprit.
— « Ah ! dites-moi, mère, ma mie, Ce que j'entends pleurer ici ? »
— « Ma fille, ce sont les enfants Qui se plaignent du mal de dents. »
« Ah ! dites-moi, mère, ma mie.
Ce que j'entends clouer ici ? »
— « Ma fille, c'est le charpentier Qui raccomode le planchier. »
— « Ah ! dites-moi, mère, ma mie.
Ce que j'entends chanter ici ? »
— « Ma fîUe, c'est la procession Qui fait le tour de la maison. »
— a Ah ! dites-moi, mère, ma mie.
Quelle robe mettre aujourd'hui? »
— « Quittez le rose, aussi le gris.
Prenez le noir, pour mieux choisi. »
— « Mais, dites-moi, mère, ma mie, Pourquoi donc, pleurez-vous ainsi ? »
— « Ma fiir, je ne puis le cacher.
C'est Jean Renaud qu'est décédé ! »
— Mère, dites au fossoyeux Qu'il fasse la fosse pour deux.
Et que l'espace en soit si grand Qu'on y enferme aussi l'enfant ! (1)
(1) On rencontre dans le recueil de Lavillemarqué une chanson bretonne, le seigneur Nann et la Korrigane, dont la fin offre de nombreuses analogies avec la chanson de Jean Renaud. Ce dialogue si naïvement dramatique entre la mère et l'épouse se trouve du reste dans un grand nombre de poésies populaires chez diverses nations d'Europe.