‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 10 sur 167 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

A M. JULES DE RAFIXESQLE.

Je n'y suis pluz, amy, dans ce bel aage j

Où, comme oiseaulx restreuvant le feuillage Qui des bourgeons s'esdate au renouveau, Rythmes tousjours chantoient soubz mon cerveau, Obstantrayson qu'estourdit tel ramage.

Le noir ennuy m'a faict si lourd dommage Qu'escrire à vous à poine m'encourage.

En vain la Muse aveingt son chalumeau, Je n'y suispluz.

Or cuydez-vous que voulsisse estre sage? ]

Non : si je doibs le daphnéique umbrage |

A jamais fuyr, resnyant Apollo

Sera i)ourmoy le munde ung vray lumbeau. 1

Rieiidiray fors (de moult piteulx laiiguage) : I

Je n'y suis pluz. '

RONDEAT II.

A M. JULES DE RAFINESQUE.

En iiiig dezert ne sont tous mauvais heurs : Bien l'avons veu, quand des destins moqueurs Feusmes proscripts ez lieux oiî le Rbodane, En restroignant, k la Mediterrane Lairre ses flots lors accreus de nos pleurs :

Maugré nos ans discords et nos douleurs, De prime abord pour frères nos deux cueurs Se sont congneus. Ains est-on diaphane En ung dezert?

Non; mais le sens y deffault moins qu'ailleurs, Plus clers y sont les regards, et meilleurs Tous les pensers que trop la foule ahane, Si que (je croy) jamais le temps ne fane Amytié dont yssirent les fleurs En ung dezert.

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