‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 9 sur 167 · SONNET XV · texte numérisé non relu

SONNET XV

Le lis, se balançant sur sa tige palmée Livre aux v'ents du midi ses étaminesd'or, Et les chastes parfums de la coupe embaumée Aux rayons du soleil reprennent leur essor.

C'est l'àme que Dieu (it pour l'extase enflammée, Pour la foi, pour l'amour où se retrouve encor Un céleste reflet, comme en l'onde animée Dont l'été transparent fait sourire le bord.

LVime se laisse abattre au doute humide et sombre : La blanche fleur ainsi craint la froideur de l'ombre : L'une et l'autre mourant hors de l'as[)ect des cieux.

L(î jaune ennui bientôt et l'insecte (|ui brave;

Tachent ce pur vélin et cette beauté grave,

Kl les Auges doublés en délouriienl leurs veux.

SONNET XM.

La vigne, suspendant ses opulentes treilles

Aux branches des ormeaux et gravissant toujours^

Lance entin, par dessus ces ondoyantes tours, ,

Aux élans du désir ses spirales i)areilles. '

Puis l'ouragan détruit ses rapides merveilles : i

Sur le sol détrempé trament ses frais atours; |

Le passant la mutile, et les sangliers lourds Mordent ses -pampres verts et ses grappes vermeilles.

De l'arbre IVaternel le branchage mouvant Ne peut la ramener de si loin, et le vent Ne relèvera point ses guirlandes meurtries.

Non; il faut, pour revoir les célestes tableaux. Que le vieux cep retrouve, en ses veines flétries, Ine sève nouvelle et de jeunes rameaux.

Page 1