‹ Chant du passé, 1830-1848Chapitre 108 sur 167 · SONNET CLVII · texte numérisé non relu

SONNET CLVII

Point d'adieux, point d'adieux à cette froide cave Où j'ai heurté dix ans ma tête aux soupiraux. Et collé mon visage aux humides barreaux, Sans pouvoir échapper à l'ombre qui m'enclave !

Que ne puis-je en partant, comme une ardente lave, Écraser l'industrie avec tous ses héros, Instruments de torture et stupides bourreaux, Qui font d'un homme libre un misérable esclave !

Oui, oui, je m'en irai, sans retourner le front; Et le jour sera beau quand mes yeux ne verront Rien qui m'irrite encore et ressemble à la France.

Et pourtant, quelque jour, malgré cet interdit, il faudra revenir, plein d'une autre souiïrance, Embrasser en pleurant ce rivage maudit.

SONNET CLVlil

Souvent, au\ vieux pays de France ou d'Allemagne,

In chevalier troublé d'un amour sans objet

De son harnais de guerre un matin se chargeait,

Et s'en allait au loin chercher une compagne. j

Derrière lui fuyait l'ombre de sa montagne.

D'horizon, de climat et de langue il changeait,

Jusqu'au jour où son àme à jamais hébergeait j

L'ange qui mettait fin à sa noble campagne. |

Ainsi, m'aventurant aux plages d'outre-mer, i

J'y compte retrouver cette épouse de ter !

Que de ma destinée une erreur a disjointe. |

Épée, on peut sur toi reposer ses amours : ]

Car, sanglante et ternie, un éclair à ta pointe, '

Pour répondre au regard, se redresse toujours. '

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